Montale
"Une tour où l'on ne peut entrer, dans un pays qu'on traverse en vingt minutes — Montale, c'est Saint-Marin dans sa concentration la plus philosophique."
La plupart des gens ne marchent pas jusqu’à Montale. L’itinéraire touristique — acheter le billet combiné, grimper la Guaita, marcher jusqu’à la Cesta, revenir — est le circuit établi, et Montale, située juste au sud de la Cesta et toujours décrite comme une tour de guet fermée aux visiteurs, ce qui en termes de voyage signifie qu’on la raye de la liste. C’est exactement pour ça que je voulais y aller. J’ai suivi le sentier depuis la Cesta vers le sud pendant encore vingt minutes, au-delà du point où le chemin n’est plus entretenu et où les panneaux s’arrêtent, jusqu’à ce que la troisième tour apparaisse au détour de la crête : petite, cylindrique, sans drame particulier, posée sur une corniche de roche tout au bout du promontoire.
Montale est la plus ancienne des trois tours et la plus haute par rapport à son emprise au sol — un cylindre élancé de calcaire pâle, du quatorzième siècle, qui servait de poste de surveillance plutôt que de fortification et qui aurait aussi servi de prison, ce qui semble plausible vu à quel point l’endroit paraît isolé même aujourd’hui. On ne peut pas y entrer. La porte est verrouillée, les fenêtres sont étroites, et le petit panneau à l’entrée explique avec une brièveté enjouée que la tour est privée et que les visites ne sont pas autorisées. Se tenir devant une tour médiévale fermée à clé, au bout d’une crête calcaire, le regard porté sur l’Italie rurale, est, je l’ai découvert, une façon parfaitement satisfaisante de passer quarante minutes.

Ce qu’on gagne à visiter Montale est surtout atmosphérique — le sentiment d’être arrivé au bout de quelque chose, d’avoir marché au-delà de l’infrastructure touristique pour entrer dans une partie de la crête qui n’appartient, l’espace d’un instant, qu’à celui qui s’y tient. Les vues depuis le pied de la tour portent vers le sud et l’ouest, vers le Montefeltro, l’antique région de collines qui court vers Urbino. Dans la lumière de l’après-midi, ces collines virent à l’or d’une manière qui n’a rien à voir avec Saint-Marin comme destination et tout à voir avec la qualité particulière de la lumière sur les Marches au printemps.
Je me suis adossé au pied du mur un moment, j’ai mangé une pomme et regardé un milan royal travailler les courants ascendants au-dessus de la falaise en contrebas. Aucune autre personne en vue dans aucune direction. Le vent passait à travers les chênaies rabougries de la crête avec un bruit sec, de crécelle. Saint-Marin, depuis Montale, n’est qu’une crête de montagne avec une tour dessus, ce qui est exactement ce qu’elle est depuis le quatrième siècle, et cette pensée m’a procuré un calme que je n’avais aucune raison raisonnable d’espérer ressentir.

Sur le chemin du retour vers la Cesta, j’ai croisé deux randonneurs allemands venant en sens inverse, avançant avec la vitesse résolue de gens qui avaient coché Montale sur une liste sans tout à fait comprendre ce qu’ils cochaient. J’ai songé à les arrêter pour leur parler du milan royal et de la qualité de la lumière de l’après-midi. J’ai décidé qu’ils trouveraient leurs propres raisons de s’arrêter.
Quand y aller : La marche de la Cesta à Montale prend une vingtaine de minutes aller, sur un sentier dégagé, et vaut la peine en toute saison. En hiver, les vues sont exceptionnelles — les Apennins enneigés à l’ouest, l’Adriatique en bande grise et froide à l’est — mais le chemin peut être glissant. Évitez les après-midi de juillet et août, quand le sentier est en plein soleil et sans la moindre ombre.