Les souffleurs d'Alofaaga en éruption en colonnes de spray blanc contre une côte de lave sombre, l'océan en arrière-plan
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Souffleurs d'Alofaaga

"On sent le sol trembler une demi-seconde avant que l'eau jaillisse — la terre ici n'est qu'une peau sur la mer."

On entend les souffleurs d’Alofaaga avant de les voir. En descendant la piste de terre depuis la route principale sur la côte sud-ouest de Savai’i, vitres baissées dans la chaleur de la matinée, il y a un son qui commence comme un grondement et se résout en quelque chose entre un choc percussif et un sifflement soutenu — l’océan qui se force sous pression à travers les tubes de lave qui trouent cette côte. Quand on débouche sur la plateforme de basalte plat qui sert de belvédère, l’échelle de ce qui se passe prend un moment à être absorbée. Tout le tronçon de côte est criblé d’évents, certains petits et produisant des jets continus, d’autres — notamment les trois principaux — entrant en éruption par intervalles avec une violence qui produit des colonnes d’embruns de dix, parfois quinze mètres de hauteur. La brume qu’ils dégagent couvre une large zone et tombe sur la peau comme une vapeur fraîche et fine. C’est, sans qualification, l’une des côtes les plus dramatiques sur lesquelles je me sois tenu.

Le principal souffleur d'Alofaaga en pleine éruption, une colonne d'eau blanche contre la lave sombre et le ciel du Pacifique

Les familles locales qui entretiennent le site ont développé une tradition qui est soit l’activité touristique la plus téméraire du Pacifique soit une performance extraordinairement calibrée, selon sa disposition : elles envoient des noix de coco dans les souffleurs. Un homme tient une noix de coco au-dessus de l’évent, attend la pause dans le cycle avec la patience de quelqu’un qui l’a fait plusieurs centaines de fois, et puis — quand la vague suivante passe par le tube en dessous — il lâche. La noix de coco disparaît dans la fissure puis jaillit, souvent à quarante ou cinquante mètres au-dessus du basalte, tournoyant contre le ciel bleu en un arc tournant avant de retomber quelque part dans l’eau. J’en ai regardé trois de suite et la foule — une famille de Samoans de Nouvelle-Zélande, deux routards français, un couple japonais — a collectivement retenu son souffle à chaque fois, ce qui dit quelque chose sur la qualité primitive du spectacle.

Homme local faisant la démonstration de la tradition des noix de coco dans le souffleur, la côte de lave basaltique étendue derrière lui

Le littoral plus large autour d’Alofaaga mérite qu’on s’y attarde. La plateforme de basalte s’étend sur plusieurs kilomètres dans les deux directions, et à marée basse on peut en parcourir des tronçons, en se frayant un chemin entre les bassins de marée et les bords des évents qui émettent un souffle chaud constant d’air marin même quand ils ne sont pas actifs. Le village de Taga se trouve à quelques kilomètres le long de la côte et dispose de l’une de ces simples boutiques en bord de route où on peut acheter de l’eau fraîche, des crackers et du poisson en boîte — exactement ce dont on a besoin après une heure debout dans les embruns des souffleurs. Le trajet retour vers le nord le long de la côte ouest de Savai’i, en fin d’après-midi, avec le soleil qui descend vers l’horizon sur l’eau ouverte, est une récompense en soi.

Quand y aller : Toute l’année, mais la côte sud de Savai’i peut connaître des conditions météo difficiles en saison des pluies (novembre–avril). Les souffleurs sont les plus spectaculaires par forte houle, bien qu’une houle trop forte rende la plateforme de basalte véritablement dangereuse. La famille sur place vous dira ce qui est sûr.