Caraïbes
Saint-Martin
"Le seul endroit où un jumbo jet au-dessus de ta tête ressemble à un atout, pas à un problème."
La première fois qu’un avion rase la clôture de la plage de Maho, on le sent avant de le voir. Un mur de bruit de réacteurs, une ombre qui efface le soleil, puis un long-courrier qui passe si bas au-dessus du sable qu’on pourrait, en théorie, lire le nom de la compagnie sur la queue sans plisser les yeux. J’ai vu des passionnés d’aviation avec des bouchons d’oreilles en mousse s’installer au bout de la piste et refuser d’en bouger pendant trois heures. Je les comprends parfaitement. Il y a quelque chose dans le fait d’assister à la physique à sa limite légale qui est véritablement, répétitivement frissonnant.
Mais Saint-Martin n’est pas uniquement la plage de Maho, et la traiter comme telle est la première erreur que font la plupart des visiteurs. L’île est divisée en deux pays sur une seule et même masse terrestre — le Sint Maarten néerlandais au sud, le Saint-Martin français au nord — sans aucune formalité frontalière au-delà d’un monument en bord de route qu’aucun des deux côtés ne prend très au sérieux. La partie française a les meilleures plages. Grand Case, la rue principale du quartier français, est la destination gastronomique la plus sous-estimée des Caraïbes : une seule avenue bordée de petits restaurants où les ragoûts de poisson créoles et la bonne charcuterie française partagent la même carte, et où les lolos — les stands de barbecue en plein air au bout de la rue — servent des travers de porc grillés et du homard pour le prix d’une pizza médiocre à la maison. J’ai mangé dans le même lolo trois soirs de suite. Sans regret.
La partie néerlandaise est là où se passe l’action — Philipsburg avec ses boutiques détaxées, les zones de casinos, le port de croisières — et c’est exactement ce qu’on imagine. Animé, commercial, tourné sans complexe vers le tourisme. Je ne pense pas que ce soit mauvais, à proprement parler. C’est simplement mieux compris comme un décor pour boire une Presidente fraîche avec vue sur le port que comme une destination où il vaut la peine de s’attarder. Là où je m’attarderais : la route de la lagune entre les deux côtés, au crépuscule, quand les kitesurfeurs sont encore sur l’eau et que la mer vire à l’or pâle, et qu’un pélican plonge sur quelque chose et remonte bredouille, et recommence.
Quand y aller : De mi-décembre à avril, c’est la saison sèche — la fenêtre la plus fiable pour des mers calmes, une humidité moindre et des ciels dégagés sur Maho. Février et mars sont les mois de pointe et les prix s’en ressentent. Mai et juin offrent un vrai point d’équilibre : tarifs de basse saison, moins de monde, et les alizés qui soufflent encore. Évitez septembre et octobre ; le risque d’ouragan est réel et plusieurs tempêtes majeures ont frappé cette île durement ces dernières années.
Ce que la plupart des guides ratent : Ils consacrent cinq paragraphes à la plage de Maho et trois phrases à la partie française. Ce ratio devrait être inversé. Grand Case à elle seule — à quinze minutes en voiture de Maho — justifierait un voyage sur cette île sans aucun avion à observer. La meilleure version de Saint-Martin, c’est un dîner tranquille à Grand Case, une baignade matinale à Friar’s Bay, et puis, oui, le spectacle d’un 747 de KLM qui fait trembler le sable au coucher du soleil. Dans cet ordre.