Ksar Aït Benhaddou, village fortifié ancien près d'Ouarzazate, rayonnant ambre contre le ciel bleu dans la lumière de fin d'après-midi
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Ouarzazate

"La lumière ici est tellement théâtrale que je n'arrêtais pas d'attendre que quelqu'un crie coupez."

La lumière à Ouarzazate, c’est toute l’histoire. Elle arrive différemment ici que dans le reste du Maroc — plus dure, plus propre, dépouillée de l’humidité côtière et de la brume de montagne, et à la mi-après-midi elle transforme tout au sud de l’Atlas en or et ocre et un ambre chaud et profond qui rend photogénie même ce qui ne l’est pas. C’est pour ça que les équipes de tournage viennent depuis les années 60 : Lawrence d’Arabie, Gladiator, La Momie, Game of Thrones, Babel, et des dizaines d’autres. Les repéreurs n’avaient pas tort. La lumière est véritablement cinématographique d’une façon que ce mot mérite rarement.

Je suis descendu du col du Tizi n’Tichka fin octobre, quand les sommets de l’Atlas derrière moi avaient les premières neiges et que la vallée devant était encore chaude. Ouarzazate apparaît au bout d’une longue plaine descendante — plus grande qu’on ne l’espère pour un endroit aussi au sud, l’industrie cinématographique lui ayant donné une infrastructure qu’un avant-poste désertique reculé n’aurait pas autrement. Mais la première chose où je suis allé n’était pas dans la localité.

Le Ksar Aït Benhaddou sur sa colline, chaudes murailles de pisé ambre s'élevant au-dessus de la vallée du fleuve Ouarzazate

Le Ksar Aït Benhaddou, à 30 kilomètres au nord-ouest, est un village fortifié classé à l’UNESCO construit en pisé — terre comprimée et paille — qui s’élève en terrasses au-dessus du fleuve Ouarzazate. C’est un vrai ksar médiéval, pas une reconstruction, même si la plupart des familles qui l’habitaient ont déménagé dans le nouveau village de l’autre côté du fleuve, et la vieille ville est en grande partie déshabitée sauf pour une poignée de ménages qui sont restés et une série de petites boutiques de produits d’argan et d’argent. Ce qui frappe immédiatement, c’est que le matériau de construction — terre locale — fait que toute la structure est exactement de la couleur du sol sur lequel elle repose, indiscernable du paysage sinon par sa forme. Dans la lumière de fin d’après-midi, le ksar rayonne de l’intérieur, et le contraste entre les chaudes murailles et le ciel bleu et la bande verte du fleuve en bas est si bien composé que ça ressemble à un tableau promu au rang de réalité.

De retour à Ouarzazate, le Musée du Cinéma dans l’ancienne Kasbah Taourirt est petit mais bien fait : costumes et accessoires de tournages dans la région, dont un char authentique de Gladiator que le conservateur a présenté avec un orgueil évident. La kasbah elle-même, adjacente, est l’un des plus beaux complexes de kasbah subsistants du sud : un labyrinthe de couloirs sombres et de cours surprenantes, certaines encore habitées par des familles qui y vivent depuis des générations, d’autres converties en ateliers d’artisans où se perpétuent les traditions de carrelage et de plâtrerie du sud pré-saharien.

Cour intérieure de la Kasbah Taourirt, plâtrage sculpté et zellige dans l'après-midi chaud d'Ouarzazate

La route au sud d’Ouarzazate va vers Zagora et finalement M’Hamid, par la vallée du Draa. Même les 60 premiers kilomètres de ce trajet — par des palmeraies et à côté de ruines de ksour et de campements nomades occasionnels visibles depuis la route — vaut d’être fait pour le seul paysage, avec la lumière pré-désertique faisant son travail sur la terre rouge et les palmeraies s’assombrissant en vert intense face à elle.

Quand y aller : D’octobre à avril. Le Rallye du Maroc en automne se déroule en octobre et ferme brièvement certaines routes. Mars et avril apportent des températures chaudes sans chaleur estivale, et la lumière ambrée de l’après-midi reste excellente tout au long de la saison hivernale. Le ksar d’Aït Benhaddou est le plus impressionnant à l’heure dorée — prévoir d’y être dans les deux dernières heures avant le coucher du soleil.