
Parc national de Gishwati-Mukura
"Le guide a pointé un chimpanzé à quarante mètres de hauteur et chuchoté qu'il y a trente ans tout ce versant était un champ de pommes de terre — il a fallu que je m'assoie pour l'encaisser."
Le plus jeune parc national du Rwanda — une forêt reprise aux terres agricoles, où les chimpanzés réapprennent à être sauvages.
Tout le monde va au Rwanda pour les gorilles de montagne, et je comprends pourquoi ; j’y suis allé aussi, et cela a réagencé quelque chose en moi. Mais c’est à Gishwati-Mukura, à trois heures au sud-ouest le long de l’épine dorsale de la ligne de partage Congo-Nil, que je repense des mois plus tard. Il n’est devenu parc national qu’en 2015 et réserve de biosphère de l’UNESCO en 2020, ce qui le rend plus jeune que mon passeport, et la raison de sa jeunesse est la raison de son caractère extraordinaire : à la fin des années 1990, cette forêt avait été abattue, cultivée et surpâturée jusqu’à n’être plus que six pour cent d’elle-même. Ce que l’on traverse aujourd’hui est, en grande partie, une forêt que l’on a délibérément fait repousser.
Une forêt en convalescence
Gishwati et Mukura sont deux parcelles distinctes de forêt tropicale de montagne cousues administrativement, et la plus grande, Gishwati, est l’endroit où se déroule la randonnée. La première chose qui frappe, c’est à quel point tout est escarpé — on ne surnomme pas le Rwanda le pays des mille collines par figure de style — et la seconde, à quel point une forêt qui se rétablit peut être bruyante. Il y a ici une petite population de chimpanzés de l’Est, une vingtaine lors de ma visite, et ils sont encore semi-habitués, ce qui rend la randonnée véritablement incertaine. Nous avons suivi notre guide sur une crête boueuse pendant deux heures, l’écoutant interpréter des halètements que je n’aurais pas distingués du vent, avant qu’il ne s’arrête, sourie et pointe presque à la verticale. Un chimpanzé nous regardait manger le silence de sa forêt. Il nous a dit, à voix basse, qu’il y a trente ans ce versant exact était un champ de pommes de terre. Je me suis assis sur un tronc humide pour l’encaisser.

Singes dorés et la vue longue
Au-delà des chimpanzés, la canopée abrite des singes dorés, des cercopithèques bleus et des cercopithèques de L’Hoest avec leur bavette blanche, et l’observation des oiseaux est de celles qui font baisser la voix aux gens sérieux — touracos du Ruwenzori éclatant de rouge sous les ailes, fauvettes jaunes de montagne, parfois la rousserolle de Grauer. Mais ce que j’ai le plus apprécié, c’était moins la liste que la texture : l’égouttement constant d’une forêt jamais tout à fait sèche, l’odeur d’humus et de céleri sauvage écrasé, les orchidées et les fougères arborescentes revenues comme les meubles reviennent dans une pièce repeinte.
Le versant du parc géré par la communauté mérite votre temps et votre argent, car cette renaissance n’est pas un hasard. Les coopératives locales guident des marches vers les cascades, font la démonstration de l’apiculture et vous versent une tasse de thé cultivé sur les pentes mêmes qui rongeaient autrefois la forêt. Lia a passé une heure avec une femme qui faisait sécher des fleurs pour des teintures naturelles et en est revenue avec les doigts tachés et une longue histoire. La leçon de Gishwati est sans sentimentalisme : une forêt peut revenir, mais seulement si l’on donne aux gens qui vivent contre sa lisière une raison de le vouloir.

Quand y aller
Les deux saisons sèches — de mi-décembre à février et de juin à septembre — offrent le pied le plus sûr sur ces pentes, qui deviennent un véritable péril sous les pluies. Les randonnées doivent être réservées à l’avance auprès de l’autorité du parc, les effectifs sont réduits, et il faut arriver avec de bonnes chaussures et aucune attente de garantie. Cette incertitude est précisément l’intérêt.
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