Sutton
"Sutton, c'est ce qui arrive quand une ville de ski garde son âme après que les remontées mécaniques s'arrêtent pour l'été."
Un village au pied d'une montagne de ski près de la frontière du Vermont, avec une rue principale qui semble triée sur le volet et des sentiers de randonnée qui survivent à la neige.
De tous les villages des Cantons-de-l’Est que nous avons visités cet automne-là, Sutton est celui auquel j’ai le plus repensé depuis. Il se niche contre la frontière du Vermont, dans une vallée en contrebas du Mont Sutton, assez près de la montagne de ski pour que toute la ville dégage une légère énergie de village alpin, mais sans jamais basculer dans cette impression de station fabriquée qui afflige tant de villes de ski une fois passé le guichet des billets de remontée. Sutton donne une impression de vie réelle. Il y a encore des quincailleries et une véritable épicerie sur la rue principale, coincées entre les galeries d’art et la bonne boulangerie.
Nous sommes arrivés début octobre, après la saison de ski et après le pic des couleurs selon les standards locaux, et le village était calme de la meilleure façon — quelques randonneurs redescendant des sentiers du Mont Sutton avec des bottes boueuses, un couple de cyclistes refaisant le plein sur la terrasse d’un café, rien qui semblait mis en scène pour les visiteurs. Le Mont Sutton lui-même est connu chez les skieurs pour un type de terrain particulier : le ski en sous-bois à travers une érablière intacte plutôt que sur des couloirs damés, ce qui attire apparemment un public dévoué, un peu obsessionnel, chez les skieurs québécois qui le considèrent comme le meilleur ski en sous-bois à l’est des Rocheuses. Je ne peux pas en témoigner personnellement, n’ayant vu la montagne que dans ses mois verts et dorés, mais les sentiers que nous avons parcourus dans ces mêmes sous-bois à l’automne étaient assez magnifiques pour que je le croie sur parole.

La Réserve naturelle Alfred-Kelly et le corridor écologique plus large des monts Sutton protègent ici une étendue vraiment vaste et ininterrompue de forêt appalachienne — l’un des plus grands efforts de conservation du sud du Québec — et randonner ne serait-ce qu’un court tronçon donne une idée de ce à quoi ressemblait l’érablière avant d’être morcelée par les routes et les fermes, ce qui est plus rare dans cette partie de la province qu’on ne le croirait.

Nous avons terminé la journée dans une petite brasserie de la rue principale qui brassait sa propre bière et servait une vraie tourtière, et je me souviens m’être dit que si je devais choisir un village des Cantons où vivre réellement pendant une saison, ce serait probablement celui-là — pas le plus joli sur papier, mais celui qui ressemblait le plus à un véritable endroit plutôt qu’à une destination.
Quand y aller : Octobre pour la randonnée en érablière, parmi les meilleurs accès aux couleurs automnales des Cantons grâce au corridor protégé. De décembre à mars pour le ski en sous-bois pour lequel le Mont Sutton est réputé chez les skieurs sérieux. L’été y est plus tranquille que dans les villages au bord des lacs voisins, idéal si vous cherchez la randonnée sans la foule.