Shawinigan
"Shawinigan a été bâtie sur l'électricité d'une chute et n'a jamais vraiment cessé de parler de puissance — on sent le courant dans les os de la ville."
Une ville champignon hydroélectrique bâtie autour d'une chute d'eau, qui raconte aujourd'hui sa propre histoire industrielle avec plus d'honnêteté que de nostalgie.
Shawinigan existe à cause d’une chute d’eau, et elle ne vous a jamais laissé l’oublier. Les chutes de Shawinigan, sur la rivière Saint-Maurice, tombent de 45 mètres sur une corniche de granit, et au tournant du 20e siècle cette chute a été exploitée pour créer l’un des plus grands aménagements hydroélectriques au monde, attirant des alumineries et des usines chimiques et toute une ville planifiée qui a grandi, presque du jour au lendemain, jusqu’à devenir une véritable ville industrielle. J’y suis venu surtout par curiosité pour les chutes et j’en suis reparti en pensant aux villes de compagnie et à ce qui leur arrive une fois que l’industrie qui les a bâties se contracte.
La Cité de l’Énergie est installée directement sur l’ancien site industriel, un musée et centre d’interprétation construit autour d’une véritable centrale électrique désaffectée, avec un téléphérique qui monte le long d’une cheminée industrielle convertie pour offrir une vue sur les chutes et la ville. J’y suis monté avec un certain scepticisme — le tourisme industriel peut vite basculer dans le kitsch — mais l’honnêteté du musée m’a convaincu : des expositions sur le boom de l’aluminium, sur l’histoire ouvrière, sur la pollution que la rivière a charriée pendant des décennies et le lent travail pour la nettoyer. Le musée ne flatte pas le passé de la ville. Il le raconte simplement.

Le centre-ville de Shawinigan, à quelques minutes des chutes, a cette texture particulière d’une ville industrielle du milieu du siècle qui cherche son second acte — une poignée de bons cafés et une microbrasserie vraiment excellente, Trou du Diable, devenue une sorte de lieu de pèlerinage pour les amateurs de bière artisanale de toute la province. J’y ai bu un porter fumé qui avait un léger goût du bois d’érable utilisé pour le fumer, assis sur une terrasse à quelques rues de la rivière qui alimentait autrefois la moitié de la production d’aluminium du Canada.

Jean Chrétien, ancien premier ministre du Canada, est l’export le plus célèbre de Shawinigan, et la ville assume cela avec une fierté ironique et lucide plutôt qu’une révérence de musée. Ce ton — fier mais pas précieux à propos de sa propre histoire — résume vraiment toute la ville en miniature. Elle n’essaie pas d’être pittoresque. Elle vous dit simplement ce qu’elle a bâti et ce que cela lui a coûté.
Quand y aller : L’été pour les chutes à leur plein débit, généralement au mieux en juin après la fonte des neiges. Septembre pour des randonnées plus fraîches sur les sentiers des gorges. La Cité de l’Énergie est saisonnière, généralement ouverte de mai à octobre — mieux vaut vérifier avant de visiter en dehors de cette période.