Des dizaines de milliers d'oies des neiges en vol au-dessus des battures du Saint-Laurent au Cap Tourmente, les Laurentides se dressant derrière
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Cap Tourmente

"Quand 50 000 oies décollent en même temps, le son vous atteint avant la vue — puis les deux vous atteignent en même temps."

Je suis arrivé au Cap Tourmente à mi-octobre, juste après l’aube, ayant conduit à l’est depuis Québec le long de la rive nord pendant que le soleil se levait sur les Laurentides. J’entendais les oies depuis le stationnement. Pas le son d’oies — au pluriel — mais un son comme quelque chose de mécanique et massif, un bruit blanc roulant qui ne se résolvait pas en oiseaux individuels jusqu’à ce que je me tienne sur la digue au-dessus des battures et que les battures elles-mêmes se matérialisent en dessous de moi : blanches et en mouvement, vivantes avec quelque chose proche de 50 000 grandes oies des neiges se reposant avant la prochaine étape de leur migration vers le sud vers les côtes de Virginie. Le biologiste au centre d’accueil m’a dit plus tard que le Cap Tourmente est la seule halte de leur route migratoire d’une réelle importance — les oies mangent les rhizomes de quenouilles dans les battures du Saint-Laurent, et sans ces nutriments la migration serait insoutenable. Le poids de l’expression « la seule halte » s’est posé sur moi quelque peu.

Des milliers d'oies des neiges rassemblées sur les battures du Cap Tourmente à l'aube, le Saint-Laurent argenté derrière elles

La réserve est gérée par Environnement et Changement climatique Canada, et l’infrastructure est bonne : plateformes surélevées sur la digue, centre d’accueil avec une interprétation véritablement utile, réseaux de sentiers à travers la forêt mixte sur le versant au-dessus des battures. J’ai passé la matinée sur la digue pendant que les oies s’alimentaient, les observant à travers des jumelles empruntées au centre d’interprétation. Le cycle des marées régit leur alimentation — elles suivent la marée descendante sur les battures, arrachant les rhizomes avec des becs équipés de petites dentelures appelées tomia, conçues spécifiquement pour ce travail. Quand un faucon pèlerin est apparu au-dessus des battures vers neuf heures, les oies ont décollé en vague — d’abord le groupe le plus proche du faucon, puis une réaction en chaîne vers l’extérieur — et le bruit et la masse d’oiseaux blancs contre le ciel d’octobre était le genre de chose que je sais que j’essaierai de décrire pendant des années sans tout à fait y arriver. Le son seul — cette détonation roulante de 100 000 ailes — valait le trajet depuis la ville.

La forêt derrière la digue possède des sentiers à travers érables et bouleaux qui sont spectaculaires dans les couleurs d’automne. J’ai marché jusqu’au belvédère sur le cap au-dessus de la réserve l’après-midi — le sentier monte à travers la forêt jusqu’à une face de roc ouverte avec une vue vers les battures et le Saint-Laurent et, par temps clair, la rive sud et le début des Appalaches au-delà. Les oies, de là-haut, étaient une tache blanche sur l’eau lointaine. Le silence sur le cap était total sauf pour le vent et le son lointain de 50 000 oiseaux qui s’alimentent, qui était, même à cette distance, encore audible.

La vue depuis le cap de Cap Tourmente sur les battures et l'estuaire du Saint-Laurent, les Laurentides aux couleurs de l'automne derrière

Au printemps — de fin avril à début mai — les oies reviennent vers le nord par le Cap Tourmente en direction de leurs aires de reproduction arctiques. La migration printanière est souvent encore plus dense que celle de l’automne, les oiseaux plus maigres et plus affamés après l’hiver, se nourrissant avec une urgence concentrée. L’une ou l’autre des deux fenêtres en vaut la peine ; ensemble, elles forment le spectacle de faune le plus spectaculaire disponible à une heure d’une grande ville canadienne.

Quand y aller : Mi-octobre pour le pic de la migration automnale — les effectifs atteignent généralement leur maximum autour du 15-20 octobre, bien que la météo régisse le moment exact. De fin avril à début mai pour la migration printanière vers le nord. La réserve est ouverte toute l’année mais les oies sont tout l’intérêt, et leur calendrier est régi par les saisons arctiques plutôt que par les calendriers touristiques.