Palais Royaux de Sintra
"Sintra, c'est ce qui arrive quand des poètes romantiques obtiennent un permis de construire et un budget illimité."
Le 7h19 depuis la gare de Rossio prend quarante minutes. J’avais un café dans un gobelet en carton et le compartiment sentait les vestes mouillées, puis le train a pris la courbe vers la Serra de Sintra et la colline est apparue — une crête épaisse de pins sombres et d’eucalyptus, et au-dessus, se dissolvant dans les nuages, la silhouette impossible du Palais de Pena : des tours couleur moutarde, des arches bordeaux, un créneau mauresque greffé sur une chapelle gothique. Lia m’a saisi le bras sans rien dire. C’était une réponse suffisante.
Le Palais Qui N’Aurait Pas Dû Exister
Le Palais de Pena a été commandé en 1842 par le roi Ferdinand II, un prince allemand entré dans la famille royale portugaise par mariage, qui a canalisé toute sa sensibilité romantique dans la pierre. Le résultat est un délire architectural — ornementation manuéline voisinant des arcs en fer à cheval néo-mauresques voisinant des loggias Renaissance, le tout peint dans des couleurs qui appartiendraient davantage à une épicerie : safran, terre cuite, bleu ardoise. Aucun style cohérent, aucune excuse. Et ça fonctionne précisément parce que ça refuse d’essayer.
L’intérieur est tout aussi démesuré : une cuisine couverte de 7 000 azulejos du sol au plafond, la chambre de la reine avec un plafond en chêne sculpté qui a pris douze ans à achever, et une table de salle à manger dressée pour des convives qui y ont mangé pour la dernière fois en 1910. Le palais fut abandonné après la proclamation de la République cette année-là, et chaque pièce est exactement dans l’état où la famille royale l’a laissée — une capsule temporelle de la dernière monarchie portugaise, conservée dans l’ambre et la naphtaline.
La surprise est venue sur le chemin entre Pena et le Château Maure, plus bas sur la crête. Il y a un sentier à travers le parc, dense et frais même en août, où des paons traversent simplement le chemin comme s’ils attendaient que quelqu’un les remarque. L’un d’eux a bloqué le passage pendant une bonne minute, déployant sa queue avec une indifférence absolue. Aucun panneau ne nous avait prévenus. Personne ne nous en avait parlé. Je suis resté là, téléphone en main, avec un sentiment absurde de ravissement.
Le Village en Contrebas
Le village de Sintra est posé au pied de la colline : une place principale, la Praça da República, flanquée par le Palais National avec ses deux cheminées coniques — la silhouette la plus distinctive du Portugal. Le village est assez petit pour se parcourir en vingt minutes, ses rues bordées d’anciennes demeures seigneuriales reconverties en maisons d’hôtes et de pastelarias vendant des travesseiros, la pâtisserie locale : une pâte feuilletée fourrée à la crème d’amande, saupoudrée de sucre glace, encore chaude du four. On en a mangé deux chacun à la boulangerie Piriquita, rue das Padarias, debout au comptoir. Pas de chaises, pas de cartes. Juste les pâtisseries et un espresso serré.
La Quinta da Regaleira, à quinze minutes à pied de la place principale, est moins célèbre que Pena mais plus étrange : un domaine néo-manuélin dont les jardins abritent un puits initiatique à neuf niveaux — un escalier en spirale qui descend sous terre à travers la pierre mosseuse, utilisé lors de cérémonies maçonniques par son excentrique propriétaire du XIXe siècle. On est descendus et on s’est retrouvés au fond dans l’obscurité à regarder vers le haut, vers le cercle de ciel. C’était comme se tenir à l’intérieur d’une pensée.
Calculer Son Heure
La clé de Sintra, c’est d’arriver avant 9h. Le palais ouvre à 9h30 et dès 10h les cars de Lisbonne sont là et les files pour Pena s’allongent jusqu’au parking. Dans le premier train depuis Rossio, le flanc de colline est assez silencieux pour entendre les oiseaux.
Quand y aller : D’avril à début juin, ou en septembre et octobre — la lumière est plus douce, les touristes moins nombreux, et la brume qui s’installe sur la Serra les matins frais confère aux palais une qualité opératique que l’éclat plat de juillet efface complètement.