The hilltop University of Coimbra with its bell tower overlooking the Mondego River
← Portugal

Coimbra

"Une ville qui enseigne des choses aux gens depuis huit cents ans, et qui n'a pas fini de le faire."

Coimbra est la ville sur laquelle Lisbonne et Porto jettent leur ombre, ce qui est dommage, car elle offre quelque chose qu’aucune des deux ne peut donner : l’atmosphère particulière d’un lieu qui est un centre de savoir depuis huit siècles et a laissé cette identité imprégner chaque pierre. L’Université de Coimbra, fondée en 1290, est l’une des plus anciennes universités en activité continue au monde, et sa présence façonne tout — les étudiants en capes noires qui traversent en hâte des rues médiévales, la tradition du fado qui est distincte de celle de Lisbonne (ici, ce sont des hommes qui chantent, et ils chantent l’université, pas la mer), les librairies, les cafés, et le sentiment que la conversation y est prise au sérieux.

La Biblioteca Joanina est la raison de ma première visite, et elle n’a pas déçu. Construite au XVIIIe siècle sous le roi João V, c’est l’une des plus belles bibliothèques du monde — trois salles interconnectées de boiseries baroques dorées, de plafonds peints et de 300 000 volumes remontant au XIIe siècle. Une colonie de chauves-souris vit derrière les rayonnages, se nourrissant des insectes qui endommageraient autrement les livres — un système de lutte antiparasitaire naturel qui fonctionne depuis des siècles. La visite se fait sur créneau horaire, et même un quart d’heure suffit à comprendre pourquoi les hommes bâtissent des religions autour des livres.

The ornate gilded interior of Coimbra's Biblioteca Joanina

L’ancien campus universitaire — l’Alta — occupe la colline qui domine la ville et est lui-même classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. La salle des cérémonies, la chapelle, la tour de l’horloge qui sonne encore pour rythmer la journée universitaire — tout cela contribue à la sensation de déambuler dans une institution médiévale vivante. La queima das fitas — la fête de la brûlure des rubans à la fin de l’année académique en mai — est l’une des célébrations les plus exubérantes du Portugal : les étudiants brûlent les rubans aux couleurs de leur faculté et la ville se donne tout entière à la musique, aux défilés et à une semaine de festivités qui font paraître le São João de Porto bien sage.

En dessous de l’université, la vieille ville dévale la colline en une cascade de ruelles étroites, de passages voûtés et de façades crépies qui font davantage penser à un bourg d’Ombrie qu’à une ville portugaise. Le Café Santa Cruz, installé dans une ancienne église aux plafonds voûtés et aux vitraux, sert du café et des pastéis de Santa Clara (des gâteaux aux amandes dont la recette a été perfectionnée par des religieuses) dans une atmosphère qui rend tout autre café insuffisant. Le Mosteiro de Santa Clara-a-Velha — l’ancien couvent qui a passé des siècles à s’enfoncer lentement dans le Mondego et n’a été fouillé qu’au début des années 2000 — est l’une des ruines les plus saisissantes du Portugal.

Students in black capes walking through the medieval streets of Coimbra

Le fado de Coimbra — le fado de Coimbra — mérite une mention à part. Contrairement au fado de Lisbonne, interprété dans les restaurants par des hommes et des femmes, le fado de Coimbra se joue traditionnellement en plein air, de nuit, par des hommes en capes académiques, et le public écoute en silence dans une lumière tamisée. La tradition de la sérénade — chanter sous la fenêtre d’une femme — y perdure d’une façon qui semblerait absurde partout ailleurs et paraît entièrement naturelle dans une ville où le médiéval et le moderne coexistent sans friction.

Quand y aller : En mai pour la queima das fitas, ou de septembre à octobre pour profiter de la chaleur sans les foules liées à l’année universitaire. La ville est plus calme en été, quand l’université est en vacances, ce qui a son propre charme — les rues semblent plus locales, les restaurants moins pressés.