Site 2 — Phu Salato
"Quatre-vingt-treize jarres dans la forêt et pas une âme. C'est là que la Plaine des Jarres cesse d'être une destination pour devenir une expérience."
Le chauffeur de tuk-tuk m’a déposé au bas du sentier et a dit qu’il serait de retour dans une heure et demie. Il semblait légèrement surpris que je veuille rester aussi longtemps. Le chemin vers le Site 2 monte doucement à travers des terres agricoles puis entre dans une section de forêt secondaire où les arbres se rejoignent au-dessus et où la lumière devient verdâtre et douce. Il faut environ vingt minutes de marche tranquille pour atteindre les jarres. Contrairement au Site 1, qu’on voit d’un seul coup depuis la distance, le Site 2 se révèle progressivement — une jarre à travers la végétation ici, puis une autre, puis un groupe de cinq ou six autour d’une légère élévation du versant. Il faut un moment pour réaliser combien il y en a.

Il y a environ quatre-vingt-treize jarres au Site 2, dispersées sur une colline qui semble véritablement isolée malgré n’être qu’à un court trajet de Phonsavan. Le couvert ici est réel — des arbres matures, pas seulement des broussailles — et ils plongent les jarres dans une sorte d’ombre tachetée permanente qui donne au site un caractère complètement différent du plateau ouvert du Site 1. Ici, les jarres ont l’air cachées. Elles ressemblent à des choses qui étaient censées rester cachées. Je me suis assis sur l’une des pierres plates près du sommet de la colline et j’ai mangé le riz gluant que j’avais acheté à une femme au marché du matin de Phonsavan, et un calao a fait du bruit quelque part dans les arbres au-dessus de moi, et je n’ai vu aucun autre visiteur pendant tout ce temps. Ce que je ne peux pas dire du Site 1, où j’ai dû faire la queue pour photographier certains angles.
La forêt fait aussi quelque chose d’utile à l’imagination. Au Site 1, le plateau ouvert et l’infrastructure visible — sentiers, panneaux interprétatifs, marqueurs de cratères de bombes — contextualise tout. Ici, les arbres limitant la vue à quelques dizaines de mètres dans toutes les directions, on est laissé plus purement avec les objets eux-mêmes. À quoi servaient-ils ? La question devient plus urgente quand on ne voit pas le parking. Certaines jarres du Site 2 ont leurs couvercles en disque de pierre encore partiellement en place. D’autres ont des trous percés dans leurs bases, ce qui a amené certains chercheurs à spéculer sur un drainage ou un usage rituel de liquides. J’ai fixé les trous pendant un moment et ne suis arrivé nulle part, ce qui semblait approprié.

La descente à travers la forêt a semblé plus lente que la montée, comme toujours avec une promenade qu’on ne veut pas voir finir. En bas, mon chauffeur de tuk-tuk mangeait du riz dans un récipient et regardait son téléphone. Il était arrivé quarante minutes en avance. J’ai pris ça comme une suggestion.
Quand y aller : Le Site 2 est meilleur en saison sèche (novembre à avril), quand le sentier forestier est dégagé et que le versant est accessible sans boue. J’y suis allé à la mi-janvier et la marche était complètement sèche. Évitez le milieu d’après-midi ; la chaleur sous le couvert forestier en saison sèche s’accumule vers quatorze heures. Tôt le matin est idéal — la lumière à travers les arbres est extraordinaire entre sept et neuf heures.