Mycènes
"Devant la Porte des Lions, j'ai compris pourquoi les Grecs avaient besoin de mythes pour expliquer qui avait construit ça — ce n'étaient pas des hommes ordinaires."
La Porte des Lions m’a frappé avant que j’y sois prêt. J’avais tourné un virage sur le chemin et elle était là — le seul linteau pèse quelque vingt tonnes, les lions sculptés en haut regardaient vers l’extérieur avec l’autorité calme de créatures qui gardent cette route depuis trente-cinq siècles. L’échelle de l’architecture de l’Âge du Bronze à Mycènes n’est pas quelque chose pour quoi on peut se préparer intellectuellement. Les murs sont construits avec des pierres si énormes — certaines de la taille de petites voitures — que les Grecs anciens appelaient ce style Cyclopéen, parce que seuls des géants ou des dieux auraient pu les déplacer. Debout à l’intérieur de la Porte des Lions par un matin de fin avril, les collines de l’Argolide s’ouvrant dans toutes les directions et un faucon décrivant de lents cercles au-dessus de la citadelle, j’ai ressenti une petitesse particulière qui n’a rien à voir avec l’architecture. Elle a à voir avec le temps.
Le site se déploie sur une colline rocheuse surplombant une plaine fertile — la même que l’Agamemnon d’Homère aurait contemplée en planifiant son expédition à Troie. Que l’on croie ou non à la vérité littérale des épopées, quelque chose de genuinement catastrophique s’est produit ici vers 1200 avant J.-C. : les palais ont été incendiés, le système administratif s’est effondré, le système d’écriture a été oublié. En marchant dans les ruines du complexe palatial — la grande cour, le sol de la salle du trône montrant encore des traces d’enduit peint — je n’arrêtais pas de penser à la façon dont une civilisation peut disparaître entièrement, et à quel point les traces de son existence deviennent minces après trois mille ans.

En bas de la colline depuis la porte principale, le Trésor d’Atrée est une expérience d’un tout autre ordre. Ce tombeau en ruche — en réalité un tholos, une coupole en encorbellement construite dans un flanc de colline — se rejoint par un étroit couloir d’entrée bordé de pierre taillée. À l’intérieur, la coupole s’élève jusqu’à treize mètres de hauteur, parfaitement circulaire, parfaitement silencieuse. L’acoustique y fait quelque chose d’étrange : votre propre respiration vous revient légèrement altérée. La pierre sent le froid minéral et l’ancienneté. Il n’y avait personne dans le tombeau quand je suis entré, et je me suis tenu au centre de la coupole pendant plusieurs minutes à ne rien faire d’autre qu’écouter le silence, qui n’était pas tout à fait du silence.
Le petit musée à l’entrée du site est meilleur que sa réputation ne le laisse entendre. Les masques funéraires en or trouvés par Schliemann dans les tombes à fosse — les originaux sont à Athènes, mais les répliques ici sont exactes — ont une beauté étrange qui est entièrement non décorative. Ils ont été faits pour les morts. Le poids de cette intention transparaît même en reproduction.

Le village moderne de Mykines, en dessous du site archéologique, compte quelques tavernes qui font des affaires florissantes avec les visiteurs qui ont travaillé leur appétit en grimpant dans les ruines. J’ai mangé une assiette de fasolada — une soupe de haricots blancs épaissie à la bonne huile d’olive — à une table sous un mûrier, l’ombre de la colline de la citadelle visible au-dessus de la ligne des toits. C’était un de ces repas qui ont meilleur goût pour l’endroit où on les mange.
Quand y aller : Les arrivées matinales sont essentielles — le site ouvre à huit heures et la première heure avant l’arrivée des cars de touristes depuis Athènes est genuinement transformatrice. De fin avril à début juin, c’est le moment idéal : les fleurs sauvages sur les collines environnantes sont extraordinaires et la chaleur n’a pas encore rendu les ruines exposées éprouvantes. Éviter le milieu de la journée en juillet et août, sauf si l’on est déterminé à souffrir.