Uig, île de Lewis
"On a roulé une heure pour une plage, et on est repartis avec le sentiment d'avoir trouvé le bout du monde."
Un district agricole isolé sur la côte ouest de Lewis, où un trésor d'échecs du XIIe siècle est resté enfoui sous le sable.
La route qui mène à Uig est de celles qui vous font douter de votre GPS. Depuis Stornoway, elle serpente près d’une heure à travers une lande de plus en plus vide, avec des collines de plus en plus hautes et des maisons de plus en plus rares, jusqu’à ce qu’on franchisse une crête et que toute la baie s’ouvre devant nous. Lia m’a agrippé le bras la première fois qu’on l’a vue : Uig Sands, cette immense courbe de sable doré pâle bordée de machair, avec une marée si basse qu’on aurait dit que la plage avait avalé la mer. On est restés plantés là, au point de vue, une bonne dizaine de minutes avant même de remonter en voiture.
Ce qui nous a attirés à Uig, en réalité, ce n’était pas la plage, mais les pièces d’échecs. J’avais lu l’histoire des Lewis Chessmen des années avant de poser le pied sur l’île, et quelque chose m’était resté en tête : un trésor de 93 pièces sculptées dans de l’ivoire de morse et de la dent de baleine, datant du XIIe siècle, découvert ici en 1831 puis dispersé entre des musées d’Édimbourg et de Londres, à un océan et une frontière du sable dont il était sorti. Se tenir près de l’endroit où on les a déterrées, en essayant d’imaginer un marchand médiéval enfouissant une fortune en jeux d’échecs sur cette côte aussi reculée, avait quelque chose d’absurde. Pourquoi ici, entre tous les endroits possibles ? Personne ne le sait vraiment, et je crois que c’est justement ce qui reste en tête longtemps après.

On a passé deux nuits près de Timsgarry, tout près de Baile na Cille, et un soir on a marché jusqu’à Reef Beach, où une poignée de surfeurs continuaient de ramer malgré le froid. Lia ne surfe pas, mais elle a adoré les regarder jauger la houle atlantique sous un ciel qui refusait obstinément de s’assombrir — c’est ça, l’été à Uig, la lumière s’accroche jusqu’à près de onze heures du soir et teinte tout le machair d’un or doux et étrange. On a dîné très simplement, des langoustines achetées à une camionnette près du port, presque sans un mot, juste à regarder la lumière changer sur l’eau.

Uig n’est pas un endroit qu’on traverse pour aller ailleurs : la même route sinueuse par laquelle on entre est aussi la seule sortie, et cet isolement du district est précisément ce qui lui donne tout son poids. Il y a une rudesse dans les hameaux agricoles disséminés sur ces collines, le sentiment que la mer et le climat dictent encore les règles ici. On est repartis en pensant à quel point ces pièces d’échecs auraient pu rester enfouies à jamais, et à quel point Uig, finalement, a peu changé depuis qu’elles ont été sculptées.
Quand y aller : Privilégiez juin à août, quand la lumière prolongée et le temps plus calme offrent la meilleure occasion d’explorer sereinement Uig Sands et le machair, sans que le vent n’ait le dernier mot.