Asie
Okinawa
"C'est le Japon, mais plus doux — l'air salé plutôt que le cèdre, l'awamori plutôt que le saké."
Je suis arrivé à Naha en m’attendant à une version tropicale de tous les autres endroits que j’avais visités au Japon. J’avais tort, et c’était une bonne surprise. Okinawa ne ressemble pas à un avant-poste méridional du continent — on a l’impression d’être dans un pays à part entière, un pays qui n’a été absorbé par le Japon que relativement récemment et qui ne l’a pas entièrement oublié. Le royaume ryukyuan a laissé ses empreintes partout : sur les portes en laque rouge d’influence chinoise du château de Shuri, sur le sanshin à trois cordes qui s’échappe des boutiques ouvertes de Kokusai-dori, sur la cuisine, qui doit autant à l’Asie du Sud-Est et à la Chine qu’à Tokyo. Le porc est braisé lentement dans de l’awamori et du sucre brun jusqu’à ce qu’il s’effondre. Le champuru — courge amère sautée avec du tofu et de l’œuf — est aussi loin d’un bento que possible sans quitter le pays.
Ce qui m’a le plus surpris, c’est l’eau. J’avais entendu dire qu’elle était belle, mais entendre parler des îles Kerama et se tenir à leur bord sont deux choses très différentes. Les formations coralliennes au large de Zamami-jima sont vivantes d’une façon que les écosystèmes côtiers n’ont plus guère aujourd’hui — poissons perroquets, tortues marines, poissons de récif fluorescents qui filent entre les coraux élancés. J’ai passé toute une matinée à faire du snorkeling depuis une plage accessible par dix minutes de ferry, et je peux affirmer avec certitude qu’il s’agit de l’une des plus belles eaux dans lesquelles j’ai jamais nagé. Et je vis au Mexique, alors je ne m’impressionne pas facilement sur ce plan-là.
Le rythme est plus lent ici que partout ailleurs au Japon, qui est déjà un pays lent à l’échelle mondiale. Les Okinawaiens ont l’espérance de vie la plus élevée du monde, et on en comprend la raison — il n’y a pas de précipitation, pas de mise en scène de l’urgence. Des vieux jouent au shogi sous les banyans. Les marchés de Makishi ferment quand ils ferment.
Quand y aller : De mai à juin pour des mers calmes et une eau chaude avant les foules de l’été. Octobre et novembre sont idéaux — la saison des typhons est passée, l’eau est encore baignable et l’île se vide des touristes du continent. Éviter août : c’est la période des vacances scolaires au Japon continental, et les Kerama se remplissent vite.
Ce que la plupart des guides ratent : Ils traitent Okinawa comme une destination balnéaire avec quelques curiosités culturelles en supplément. C’est l’inverse. L’histoire ici — la Bataille d’Okinawa, le royaume ryukyuan, la présence militaire américaine qui se perpétue — est dense et importante, et les plages sont la récompense de ceux qui s’y engagent. Visitez le Musée Mémorial de la Paix à Itoman avant d’aller faire du snorkeling. L’eau aura un goût différent.