Atins
"Atins, c'est ce qui arrive quand un endroit est trop peu commode pour être abîmé."
Il n’y a pas de route vers Atins. On arrive en bateau en remontant le fleuve Preguiças depuis Barreirinhas — un trajet de deux heures dans des chenaux de mangrove où l’eau a la couleur d’un thé fort et où des hérons se tiennent immobiles sur les berges. Le bateau est une barque en bois à fond plat, le moteur est bruyant et le fleuve tourne en permanence si bien qu’on ne voit jamais plus de cent mètres devant soi. Quand la flèche de sable apparaît et que le village se distingue de la ligne des arbres, on comprend qu’on est arrivé quelque part qui demande un effort d’accès, et l’effort est lui-même une forme de préparation.
Atins compte peut-être cinq cents résidents permanents, un générateur qui tourne du crépuscule jusqu’à dix heures, et des rues entièrement en sable — pas des chemins non goudronnés qui laissent place au sable sur les bords, mais du sable pur que le vent remodèle chaque nuit. Les pousadas sont simples : hamacs ou lits bas, douches froides depuis des réservoirs sur le toit, petit-déjeuner de tapioca avec du queijo coalho et de la papaye fraîche.

Les kitesurfeurs sont arrivés les premiers — le vent à l’embouchure du fleuve Preguiças est régulier et les eaux plates de l’estuaire sont idéales pour apprendre. Ils ont apporté une énergie tranquille et athlétique que le village a absorbée sans se laisser transformer. On mange toujours ce que Dona Idalva cuisine ce soir-là (généralement du poisson dans un bouillon de tomates et d’huile de dendê, du riz, du manioc frit) et on perd toujours le courant à dix heures.
Ce qu’Atins offre et qu’aucun autre endroit à Lençóis Maranhenses ne peut égaler, c’est la marche. Depuis l’arrière du village, le champ de dunes commence immédiatement — sans transition, sans parking, sans portail d’entrée. On marche simplement dedans. Les dunes accessibles depuis Atins sont moins fréquentées, les lagunes moins balisées, les distances entre elles plus longues. J’ai marché quatre heures un matin en partant à l’aurore, atteignant une lagune que je n’ai ensuite pu identifier sur aucune carte, nageant dedans seul pendant une heure.

Au crépuscule, tout le village migre vers la plage à l’embouchure du fleuve sans raison particulière ni annonce. Les pêcheurs tirent leurs filets, les enfants jouent dans les eaux peu profondes, un homme vend des caipirinhas depuis une glacière, et le ciel sur l’Atlantique passe par toute la gamme des couleurs tandis que les cerfs-volants descendent un par un.
Quand y aller : Juillet à septembre pour les meilleures conditions lagunaires. Les vents pour le kitesurf sont les plus forts de juillet à décembre. Atins est accessible toute l’année mais les traversées de rivière et les sentiers deviennent plus difficiles en saison des pluies (janvier à mai). Réserver les pousadas longtemps à l’avance pour juillet et août — il y a moins de dix options et elles se remplissent rapidement.