Grassy sea cliffs at Elliston with restored root cellar doors set into the hillside
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Elliston

"Je suis venu pour les macareux, je suis reparti en pensant aux navets enterrés par des gens que je ne connaîtrai jamais."

Un village de falaises fait de caveaux à légumes et de macareux, où le sol lui-même semble se souvenir de chaque hiver traversé.

Nous avons failli passer devant Elliston sans nous arrêter. Lia avait lu quelque chose sur une “capitale des caveaux à légumes” et j’imaginais un musée, peut-être une boutique de souvenirs, vingt minutes tout au plus. Nous avons finalement passé une demi-journée à arpenter un village dont les collines sont ponctuées de ces monticules bas et herbeux, percés de portes en bois — plus de 135, dont certains creusés par des mains qui travaillaient déjà ce promontoire au XIXe siècle. On en ouvre un, avec précaution, ils sont fragiles, et les habitants tiennent visiblement à les garder intacts, et il n’y a que cette odeur de terre fraîche et sombre, ces murs de pierre bâtis pour durer plus longtemps que ceux qui les ont construits. Lia n’arrêtait pas de dire que ça ne ressemblait pas à une halte touristique, mais plutôt à une promenade dans la mémoire de quelqu’un.

Grassy sea cliffs at Elliston with restored root cellar doors set into the hillside

La vraie raison pour laquelle on vient à Elliston, cela dit, se trouve juste au large. Un petit îlot rocheux se dresse à quelques pas du village, assez près pour qu’on n’ait besoin ni d’excursion en bateau ni de téléobjectif pour observer les macareux moines aller et venir de leurs terriers. Nous y sommes arrivés en fin de journée, le vent coupant droit depuis la mer, et nous nous sommes simplement assis dans l’herbe au bord de la falaise pendant que ces petits oiseaux au bec orange filaient à une distance qui semblait presque injuste, comme si nous ne l’avions pas méritée. J’avais vu des macareux en photo toute ma vie. En voir un atterrir maladroitement, trébucher, puis se secouer comme si de rien n’était, m’a fait éclater de rire.

Atlantic puffins nesting on the sea stack across from Elliston's coastline

Ce qui m’est resté le plus longtemps, honnêtement, ce ne sont pas les macareux, mais le fait d’apprendre qu’Elliston s’appelait autrefois Bird Island Cove, un nom que je trouve plus beau, avant d’être rebaptisé en 1904 en l’honneur du révérend Elliston. Et que l’écrivain Ray Guy a grandi ici, sur exactement ce bout de côte, avant de devenir l’une des voix les plus incisives à avoir écrit sur Terre-Neuve. Il y a quelque chose dans cette superposition, les oiseaux qui ont donné au lieu son premier nom, les caveaux qui ont maintenu des gens en vie pendant des hivers rudes, un écrivain qui a transformé tout cela en mots, qui a fait qu’Elliston n’était plus une simple étape sur la boucle de la péninsule, mais un endroit où il valait la peine de s’arrêter, vraiment.

Quand y aller : Privilégiez juin à août, la saison de nidification des macareux, quand la colonie est la plus animée et le climat côtier le plus clément pour flâner entre les caveaux à légumes.