Deux macareux aux becs orange vif se faisant face sur une falaise rocheuse sombre, photographie en noir et blanc

Amériques

Newfoundland

"I watched an iceberg the size of a cathedral drift silently past my window."

Je suis arrivé à St. John’s un mardi après-midi dans un brouillard si épais que je ne voyais pas le port depuis Signal Hill. Le chauffeur de taxi m’a dit que c’était normal. “L’été ici,” a-t-il dit, sans méchanceté, “c’est plutôt une suggestion.” Le temps de trouver George Street et de commander mon premier bol de fish and brewis — de la morue salée réhydratée servie avec des biscuits durs et des scrunchions, c’est-à-dire de la graisse de porc fondue, parce que c’est un endroit qui ne s’excuse pas pour sa cuisine — j’avais compris que Terre-Neuve fonctionne selon ses propres règles.

L’île est géologiquement ancienne et visuellement irréelle. Le parc national de Gros Morne, à l’ouest, contient des roches précambriennes antérieures à toute vie végétale sur Terre, dressées en fjords et en plateaux qui semblent empruntés à l’Islande. Le cap St. Mary’s, au sud, abrite l’une des colonies d’oiseaux marins les plus accessibles d’Amérique du Nord : on marche jusqu’au bord d’un promontoire et soudain une aiguille rocheuse à quelques mètres est couverte de fous de Bassan — des centaines, blancs et criards, si proches qu’on distingue leurs yeux bleu pâle. À Witless Bay, à quelques minutes de St. John’s, des baleines à bosse remontent entre des icebergs avec une indifférence au spectacle que j’ai trouvée profondément émouvante. Ces animaux ne se donnent pas en représentation pour les touristes. Ils vivent simplement ici.

Les gens sont l’autre chose qui reste. Les Terre-Neuviens ont développé une identité culturelle forgée par des siècles passés à l’extrême bord d’un continent, à se débrouiller, à construire une communauté par nécessité et par humour. L’accent ne ressemble à rien d’autre en Amérique du Nord — irlandais dans sa cadence, médiéval dans certains de ses termes, entièrement singulier — et la générosité envers les étrangers est du genre qu’on ne rencontre plus souvent. Asseyez-vous dans un bar à Twillingate ou sur l’île de Fogo et vous repartirez en connaissant les noms des gens, leur histoire familiale, le nom de leur bateau de pêche.

Quand y aller : Juillet et août pour la saison des icebergs, des macareux et des baleines — la fenêtre où les trois se rejoignent est courte mais extraordinaire. Début septembre apporte une météo plus fraîche et des routes moins fréquentées. Évitez juin si vous cherchez des ciels dégagés ; le brouillard est implacable et les mouches noires sont impitoyables.

Ce que la plupart des guides ratent : Ils traitent Terre-Neuve comme une excursion depuis Halifax ou une case à cocher dans un itinéraire des Provinces Maritimes. Ce n’est pas ça. L’île mérite au moins dix jours et son propre vol. L’intérieur — la péninsule de Bonavista, les ports de pêche accessibles uniquement en bateau — c’est là que survit la vraie texture de la vie terre-neuvienne. L’infrastructure touristique le long de la Transcanadienne est correcte, mais ce n’est pas l’essentiel.