Vingt-sept antennes blanches sur rails dans un bassin désertique silencieux, à l'écoute de galaxies trop lointaines pour être vues.
Nous avons quitté Socorro vers l’ouest sur une route si rectiligne que Lia s’est endormie avant même que j’aie fini mon café, et j’ai failli la réveiller deux fois rien que pour lui dire « regarde comme c’est vide ». Les Plains of San Agustin font cet effet-là : un ancien lit de lac si plat et si vaste qu’on peut voir le temps changer à trente kilomètres de distance tout en restant soi-même en plein soleil. Puis, sans grand préavis, elles apparaissent : des antennes blanches, chacune large de 25 mètres, éparpillées dans le bassin comme tombées d’un autre monde. J’avais vu des photos pendant des années. Rien ne m’avait préparé à la façon dont elles faisaient basculer tout le paysage vers le ciel.
Nous nous sommes garés au centre d’accueil et avons fait le parcours en autonomie, qui nous a menés juste sous l’une des antennes, assez près pour l’entendre grincer doucement en suivant sa trajectoire. Un garde nous a expliqué que les 27 antennes sont disposées en Y et peuvent en réalité se déplacer sur des rails, s’écartant pour affiner la résolution du réseau ou se resserrant quand un autre type d’image est nécessaire. Lia, qui a étudié la physique avant d’arrêter, a passé une bonne dizaine de minutes à m’expliquer l’interférométrie pendant que j’acquiesçais, surtout occupé à regarder vers le haut.

Ce qui m’a vraiment marqué, honnêtement, ce n’était pas la science, c’était le silence. Le National Radio Astronomy Observatory a achevé la construction de ce site en 1980, et depuis, il a aidé les astronomes à étudier les trous noirs et les lentilles gravitationnelles, cartographiant galaxies et pouponnières d’étoiles dans une lumière radio qu’aucun œil humain ne pourra jamais voir. Debout là, à plus de 2 100 mètres d’altitude, le vent plaquant ma veste contre moi, je n’arrêtais pas de penser à quel point une grande partie de l’univers est bruyante d’une façon que nous ne sommes tout simplement pas faits pour entendre, et qu’il avait fallu que quelqu’un construise vingt-sept de ces engins au milieu de nulle part, juste pour bien écouter.
Je l’avoue aussi : une partie de l’envie de venir ici tenait à Contact. J’avais vu ce film adolescent à Lyon, bien avant d’imaginer me tenir un jour sous les vraies antennes, et en marchant sur le sentier de gravier avec Lia, je me surprenais à fredonner sa musique. Nous avons ensuite mangé des empanadas froides sorties d’une glacière sur le parking, regardant une antenne pivoter lentement contre le coucher du soleil, et ça n’avait rien de ridicule : c’était exactement la bonne façon de finir l’après-midi.

Quand y aller : Le parcours pédestre est ouvert toute l’année, mais je le programmerais plutôt au printemps ou en automne — le bassin désertique en altitude devient impitoyable l’été et glacial l’hiver, et on a envie de s’y attarder, pas de courir.