Nouméa
"Chaque matin à Nouméa, quelqu'un boit un espresso en regardant une pirogue traverser le lagon."
Je suis arrivé en taxi depuis l’aéroport de Tontouta au crépuscule, et la ville s’est matérialisée lentement — d’abord les ronds-points et les stations-service qui pourraient appartenir à n’importe quelle ville de province française, puis la baie, soudaine et immense, captant les dernières lueurs dans un bleu qui n’a aucun équivalent dans la géographie européenne. Le chauffeur m’a parlé en français. Une pirogue — une étroite pirogue à balancier — traversait la baie de la Moselle. Aucun de nous deux n’a mentionné la contradiction. À Nouméa, la contradiction est tout le dispositif.
La ville est construite sur une péninsule, et les collines qui en parcourent la colonne vertébrale offrent à presque chaque quartier une vue sur l’eau. Le quartier le plus ancien, le Quartier Latin, se regroupe autour de rues étroites près du port, avec des bâtiments bas peints en pastels délavés et un marché couvert où les étals du matin vendent taro, igname et ananas à trois mètres d’un comptoir à fromages qui n’aurait pas à rougir devant un arrondissement parisien. J’ai passé une matinée là à boire mon café à une table sur le trottoir, à observer ce mélange de visages — Kanak, Caldoche, Français métropolitains, Vietnamiens, Wallisiens — qui fait de Nouméa une ville assemblée à partir de plusieurs histoires différentes qui n’ont pas encore tout à fait décidé si elles devaient tenir ensemble.

Le bord de mer de la baie de la Moselle est l’endroit où la ville respire le soir. Les roulottes — des camions-restaurants, pour simplifier, bien que « camion » ne rende pas justice à la permanence de ces kiosques en bois — encerclent la baie dès le début d’après-midi, et à la nuit tombée le front de mer est plein. On mange debout, ou à des tables en plastique rapprochées de l’eau. La nourriture va du poisson grillé aux beignets, en passant par les nems croustillants dans l’huile et, parfois, du bougna si on sait où chercher. Les prix sont raisonnables. La bière Manta, servie froide dans des bouteilles brunes, coûte à peu près la même chose que dans n’importe quelle ville du Pacifique qui ne cherche pas à en faire trop. J’y ai mangé trois soirs de suite, ce qui dit tout ce qu’il y a à dire sur les restaurants.
Le Centre Culturel Tjibaou se trouve au nord du centre, sur la presqu’île de Tina, et c’est l’un des bâtiments les plus discrètement remarquables que j’ai rencontrés dans le Pacifique. Conçu par Renzo Piano et inauguré en 1998, il prend la forme d’une série de structures en bois élancées qui évoquent l’architecture traditionnelle de la case kanak — toiture haute, ventilée par le bas — tout en étant résolument contemporain. La collection à l’intérieur retrace la culture kanak de la tradition orale jusqu’au mouvement indépendantiste actuel.

Nouméa n’est pas une ville qui exige le tourisme au sens conventionnel du terme. Ses plaisirs sont ambiants : la qualité de la lumière sur la baie en fin d’après-midi, la façon dont les calendriers français et kanak se superposent sans tout à fait s’aligner, la découverte d’un bar dans le Quartier Latin où quelqu’un passe les mêmes vieux disques de variétés françaises depuis les années 1980. C’est une ville à habiter quelques jours plutôt qu’à cocher sur une liste. Laissez du temps pour ne rien faire en particulier. Le lagon proposera son propre programme.
Quand y aller : D’avril à octobre correspond à la saison sèche et à la période la plus confortable, avec des températures entre 18 et 26°C, des ciels dégagés et le lagon à sa plus grande transparence. Juillet et août attirent le plus de visiteurs ; septembre et octobre offrent des conditions quasi identiques avec moins de monde et des prix d’hébergement légèrement inférieurs.