Un mokoro traditionnel, pirogue monoxyle, glissant entre les roseaux de papyrus sur la rivière Chobe au crépuscule, en silhouette sur un ciel rose flamant
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Région du Zambèze

"Pendant mille kilomètres, j'ai roulé à travers le désert. Puis j'ai tourné un coin et j'ai trouvé ça."

Le mauvais pays

La région du Zambèze — que la plupart des voyageurs appellent encore la bande de Caprivi, du nom du chancelier allemand dont elle devait honorer la moustache — est géographiquement et écologiquement incohérente avec le reste de la Namibie. Roulez vers l’est depuis Etosha ou vers le nord depuis Windhoek et vous passerez des heures dans la broussaille sèche du Kalahari, jusqu’à ce que la végétation bascule presque sans prévenir : surgissent des forêts de teck, puis des mopanes, puis des plaines inondables et des chenaux, des roseaux de papyrus bordant les berges, et soudain vous voilà quelque part qui ressemble au Botswana ou à la Zambie plutôt qu’à quoi que ce soit que l’on qualifierait de namibien.

Cela prend tout son sens quand on regarde une carte. La langue de terre a été tracée à la règle par des politiciens à Berlin en 1890 pour donner à la colonie du Sud-Ouest africain allemand un accès au fleuve Zambèze. Le fleuve n’a jamais servi à la navigation allemande, mais le résultat est que la Namibie moderne possède une étroite bande d’Afrique sous-équatoriale coincée entre l’Angola, la Zambie, le Botswana et le Zimbabwe. La faune, ici, ne lit pas les frontières politiques.

Quatre rivières, mouvement perpétuel

La région se définit par ses rivières — le Zambèze, le Chobe, le Kwando et le Linyanti forment un réseau de chenaux et de plaines inondables qui abrite l’une des concentrations de faune les plus denses d’Afrique australe. Les éléphants sont partout ; j’en ai compté 40 dans une seule vue sur la plaine inondable depuis la terrasse du camp de Nambwa, ce qui aurait été remarquable n’importe où ailleurs et semblait presque banal ici.

La meilleure façon de comprendre le paysage, c’est depuis un mokoro — la pirogue traditionnelle poussée à la perche par un guide local à travers les roseaux. Lia et moi avons passé une demi-journée du côté Chobe de la région et sommes revenus avec des jumelles éclaboussées de boue, des photos de sitatungas à moitié immergés dans le papyrus, et un souvenir précis d’un hippopotame faisant surface à deux mètres de l’embarcation pendant que notre guide restait parfaitement immobile. La perche n’a pas tremblé. Son pouls est sans doute resté régulier. Le mien, non.

Mudumu et Bwabwata

Deux parcs nationaux ancrent la région. Bwabwata, à l’ouest, est le plus vaste et le plus fréquenté — c’est aussi un fascinant cas d’école de conservation communautaire, puisque le parc est cogéré avec les communautés qui y vivent. Mudumu, plus à l’est, est plus petit et plus sec, avec une forte population de léopards que les lodges proches de Lianshulu savent débusquer.

L’observation des oiseaux dans toute la région est exceptionnelle. Plus de 600 espèces ont été recensées dans la langue de terre du Zambèze, et même un amateur muni de jumelles croisera des pygargues vocifères, des jabirus d’Afrique, des guêpiers carmins nichant dans des colonies de berge aux couleurs si denses qu’on dirait que quelqu’un a renversé de la peinture sur la falaise.

En pratique

L’unique route principale — la B8 — parcourt toute la longueur de la langue de terre et est goudronnée. Kasane, juste de l’autre côté de la frontière botswanaise, est un point utile de ravitaillement et de carburant. La plupart des visiteurs arrivent en avion à Katima Mulilo, la capitale régionale, depuis Windhoek. L’autotour est envisageable, mais les lodges se remplissent tôt en haute saison et les distances sont plus longues que la carte ne le laisse croire.

Quand y aller : de mai à octobre pour les safaris de saison sèche, quand les animaux se concentrent autour de l’eau et que les pistes sont praticables. Le Zambèze inonde la région entre décembre et avril, transformant les plaines en lacs peu profonds, spectaculaires depuis un bateau mais qui ferment de nombreuses pistes de camp. Juin et juillet offrent des températures parfaites et une densité de faune maximale.