Village de Longwa
"Le chef m'a dit, avec un grand calme, que sa cuisine est en Inde et sa chambre au Myanmar. Il ne semblait pas trouver cela remarquable. Je n'ai cesse d'y penser depuis."
Atteindre Longwa est sa propre preface au lieu. Le village se trouve dans le district de Mon, a l’extreme nord-est du Nagaland, a des heures de route cahoteuse et sujette aux glissements de terrain depuis n’importe ou, sur une crete si proche de la frontiere internationale que la ligne traverse le village en ligne droite — et, fait celebre, traverse en ligne droite la maison de l’Angh, le chef hereditaire konyak. Nous sommes arrives couverts de poussiere apres un trajet qui m’avait reagence les organes internes, dans un etablissement frais et enveloppe de brume fait de longues maisons au toit de chaume enfilees le long d’une haute echine de foret, et j’ai su en quelques minutes que le voyage avait ete le juste prix.
Une maison dans deux pays
Les Konyak sont la plus legendaire des tribus naga, et Longwa est leur village le plus celebre, en partie a cause de cette frontiere. La maison longue de l’Angh — une longue salle sombre, noircie par la fumee, ornee de cranes d’animaux chasses (et, dans les recits plus anciens, d’hommes) — chevauche la ligne Inde-Myanmar avec une telle precision que l’on dit que le chef mange dans un pays et dort dans l’autre. C’est une figure reelle et serieuse ; son autorite s’etend sur des villages des deux cotes d’une frontiere qu’il precede. Nous avons ete recus avec une courtoisie entierement sans hate, on nous a offert du the noir, et on nous a laisses absorber le poids de la piece a notre propre rythme.

Les Konyak etaient, de memoire d’homme, des chasseurs de tetes — la prise de tetes etait tissee dans le statut, le rituel et la virilite jusqu’a ce que le christianisme et l’Etat indien mettent fin a la pratique au milieu du XXe siecle. La derniere generation d’hommes y ayant participe est aujourd’hui tres agee, et on les voit encore : visages et torses couverts des sombres tatouages faciaux qui marquaient une chasse reussie, oreilles etirees par des cornes et des perles, souvent avec un vieux fusil a chargement par la bouche a portee de main. Je serai honnete : m’asseoir avec l’un d’eux, un homme peut-etre nonagenaire, fut la rencontre la plus etrange et la plus veritablement humblante de tout le voyage. Il etait doux, curieux, et entierement un homme d’un monde disparu.
La frontiere et son climat
Le cadre de Longwa fait la moitie de sa puissance. Le village court le long d’une crete, le terrain plongeant des deux cotes vers des chaines bleues plissees qui disparaissent au Myanmar, et la brume se deplace sans cesse, avalant les maisons longues et les liberant. Les Konyak d’ici sont d’habiles sculpteurs sur bois et travailleurs du metal — armuriers, historiquement — et l’on peut voir le travail s’accomplir sur le pas des portes. Nous avons mange avec une famille qui nous a nourris de riz, d’herbes sauvages cueillies et de porc cuit avec des pousses de bambou et le feroce piment local, et la conversation, menee par fragments via un guide, revenait sans cesse a quel point tout ici avait recemment change.

J’ai quitte Longwa trouble au meilleur sens du terme. Ce n’est pas un endroit confortable ni commode, et il ne faut pas le visiter a la legere ni le photographier sans reflexion — ce sont des personnes, pas des objets d’exposition, vivant les dernieres decennies d’une transformation profonde et recente. Mais c’est, sans exageration, l’un des lieux les plus extraordinaires ou je suis jamais alle, precisement parce qu’il ne joue pas un role pour vous. Il est simplement ce qu’il est, sur sa crete, dans sa brume, dans deux pays a la fois.
Quand y aller
D’octobre a avril, c’est la saison seche et accessible — les routes sont assez traitres meme alors. Le festival d’Aoleang, debut avril, est la grande celebration konyak et le moment le plus vivant pour visiter, bien que le village soit le plus frequente. La mousson, grosso modo de mai a septembre, rend veritablement dangereuses les routes deja difficiles et est a eviter. Allez-y avec un guide local respectueux, demandez la permission avant de photographier quiconque, et traitez la maison de l’Angh comme le siege vivant d’autorite qu’elle demeure.