L'iconique façade du Trésor Al-Khazneh brillant rouge rosé au fond du canyon étroit du Siq dans la lumière matinale
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Le Siq et Al-Khazneh

"La fissure de lumière au fond du Siq, c'est les deux kilomètres les plus longs que tu marcheras jamais."

J’y suis entré avant les chevaux, avant les guides, avant que les premiers cars de touristes n’aient vidé leur contenu à l’entrée. Le Siq commence de façon assez ordinaire — un chemin de terre entre de hautes parois, l’air du désert encore assez froid pour voir son souffle — mais au bout de cinquante mètres les parois se referment et le ciel devient un mince ruban bleu au-dessus de vous et le bruit de vos propres pas devient la chose la plus sonore au monde. Le canyon est formé par une seule fracture dans le grès, un grand argument géologique qui a fendu la roche il y a deux millions d’années et laissé un passage à peine assez large pour un chameau chargé. J’ai fait glisser ma main sur la paroi en marchant et j’ai senti la douceur que des siècles de caravanes avaient polie dedans.

Les parois étroites du Siq se resserrant tandis que la première lumière touche le grès supérieur

Les Nabatéens avaient compris ce qu’ils tenaient avec ce passage. Ils l’ont bordé de niches votives, taillant de petits alcôves peu profonds dans les parois et plaçant leurs divinités à l’intérieur — usés à plat désormais, les visages depuis longtemps abrasés, mais toujours présents, toujours observants. Ils ont fait courir un canal d’eau en terre cuite le long de la paroi gauche qui amenait l’eau de source depuis Ain Musa dans la ville, et l’on peut en tracer le parcours sur les deux kilomètres entiers, ce mince sillon dans la roche qui a maintenu soixante-dix mille personnes en vie dans un désert. C’est l’ingénierie qui m’émeut le plus. Pas le Trésor, pas les façades, mais le fait que ces gens aient regardé un canyon sans eau dans un désert absolument aride et se soient dit : nous allons mettre une ville ici, et voici comment l’eau arrivera.

Le Trésor apparaît quand le Siq se courbe et s’ouvre. Sans avertissement. Un instant il y a une paroi de grès et puis il y a une ouverture et dans l’ouverture il y a un fragment de colonne, un morceau de fronton sculpté, et puis on fait un pas et la façade entière s’élève trente mètres au-dessus de soi et la seule réponse honnête est de rester immobile un moment. Al-Khazneh — le Trésor — n’est bien sûr pas un trésor. Les Bédouins qui l’ont ainsi nommé croyaient que le Pharaon avait caché ses richesses dans l’urne de pierre sculptée au sommet. Ce que c’est réellement, selon toute probabilité, c’est un tombeau, peut-être celui du roi nabatéen Arétas III, creusé quelque part au premier siècle av. J.-C. L’intérieur consiste en trois chambres nues, dépourvues d’ornement. Tout ce qui importait aux Nabatéens, ils l’ont mis à l’extérieur.

La façade du Trésor Al-Khazneh brillant dans la première lumière horizontale du matin, en rose et or

La lumière sur la façade change de couleur toutes les vingt minutes de l’aube jusqu’à midi. Dans la première lumière elle est rose dorée et presque transparente, les détails sculptés captant des ombres qui se dissolvent au lever du soleil. À neuf heures du matin c’est un corail profond. À dix heures c’est le rouge rosé plein que les photographies nous ont appris à attendre. Je suis resté deux heures après l’arrivée des premiers groupes de touristes, à regarder la couleur évoluer, ignorant les chameaux qu’on paradait devant, essayant de garder en moi la version que j’avais vue dans le canyon sombre avant que le monde ne se réveille.

Quand y aller : Entrez dans le Siq à 5h30 en été, à 6h au printemps et en automne, avant l’arrivée des circuits organisés. Le Trésor est à son moment le plus paisible et le plus onirique dans les quarante minutes autour de l’aube. Évitez les vendredis et week-ends quand le tourisme domestique jordanien bat son plein. Le Siq est praticable toute l’année mais la place du Trésor devient insupportablement bondée de 9h à 14h en haute saison.