La Petite Pétra — Siq al-Barid
"Pétra c'est la déclaration. La Petite Pétra, c'est la conversation."
Le chauffeur de taxi qui m’a conduit depuis Wadi Musa ne comprenait pas vraiment pourquoi je voulais passer une matinée à la Petite Pétra alors que le site principal était juste derrière moi. “Les mêmes pierres”, a-t-il dit, avec un geste dédaigneux qui englobait d’une certaine façon toute la civilisation nabatéenne. Il n’avait pas tout à fait tort, et il n’avait pas du tout raison non plus. Siq al-Barid — le Canyon Froid — se trouve huit kilomètres au nord de Pétra dans une petite vallée des montagnes de Sharah, et c’est, si l’on veut le réduire, juste une version plus petite de la même chose. Mais c’est précisément cette petitesse qui compte. Entrer dans la Petite Pétra, c’est comme lire le brouillon d’un grand roman : on voit la main de l’écrivain plus clairement, les coutures sont visibles, l’échelle est humaine plutôt que monumentale.

Le siq lui-même est plus doux que celui de Pétra — plus court, moins spectaculaire, les parois pas tout à fait aussi vertigineuses. Mais il s’ouvre sur une série de petites cours reliées par des passages sculptés, et dans ces cours on trouve des salles à manger creusées dans la roche, leurs plafonds encore peints de vignes et d’oiseaux et de ce que les archéologues croient être des figures d’Éros, le pigment fané à un beige terracotta mais encore visible si on laisse ses yeux s’adapter à la pénombre. Ce sont les triclinia peints nabatéens, salles à manger où les marchands qui parcouraient la route de l’encens s’arrêtaient pour manger et reposer leurs chameaux. On peut s’asseoir dans le banc sculpté le long du mur, lever les yeux vers les fresques anciennes, et ressentir le plaisir particulier d’être dans une pièce que personne d’autre n’utilise. Quand j’y suis allé, j’ai eu la chambre peinte pour moi seul pendant vingt minutes.
C’est ça la Petite Pétra : l’entrée est gratuite et elle n’est presque jamais bondée. Les groupes touristiques vont à Pétra et repartent. Les routards qui arrivent jusqu’à Wadi Musa sont surtout fixés sur le Trésor. La Petite Pétra passe inaperçue, c’est pourquoi elle a cette qualité que partagent tous les meilleurs sites archéologiques — la sensation qu’on est peut-être la première personne à regarder attentivement une pierre particulière. J’ai trouvé un canal d’eau sculpté dans la deuxième cour que j’ai suivi du doigt jusqu’à une citerne taillée dans la roche, encore sèche depuis la dernière pluie. Les Nabatéens installaient des canaux comme ça partout. Les trouver donne l’impression de déchiffrer une écriture.

Il y a une randonnée depuis la Petite Pétra à travers les collines désertiques jusqu’à l’entrée arrière de Pétra, un itinéraire qui prend trois à quatre heures dans un pays sauvage et qui débouche près du Monastère. Un homme bédouin local dont la famille guide des gens sur ce sentier depuis des générations m’a trouvé en train d’étudier la carte du départ et a proposé de me montrer la première section pour le prix d’une conversation, qui s’est avérée être des histoires sur les chèvres de son grand-père et la fois où un archéologue allemand a trouvé des pièces romaines sous un rocher et a pleuré. Je lui ai quand même donné de l’argent pour le thé. Les histoires en valaient la peine.
Quand y aller : Toutes les saisons conviennent, mais les fleurs printanières sur la colline au-dessus de Siq al-Barid en mars et avril valent le déplacement à elles seules. Il n’y a pas de droit d’entrée et pas d’horaire d’ouverture officiel. Visez le matin quand la lumière entre dans le triclinium peint. C’est aussi l’un des rares sites nabatéens qui se vit sans précipitation un week-end.