Le boulevard principal de Cetinje bordé de bâtiments diplomatiques restaurés et de marronniers matures, les pics du Lovćen visibles au-dessus de la ville
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Cetinje

"Cetinje est une ville capitale qui a cessé de l'être et n'a jamais vraiment décidé ce qu'elle ferait ensuite."

La route vers Cetinje depuis Kotor grimpe à travers les montagnes par une série de vingt-cinq lacets taillés dans la face du mont Lovćen — chacun révélant un angle différent de la baie qui s’éloigne en dessous jusqu’à ce que l’on franchisse la crête et trouve, de l’autre côté, un plateau qui ressemble à l’intérieur du Monténégro plutôt qu’à son bord. Le trajet dure quarante minutes et le changement de paysage est total. L’Adriatique disparaît. L’air devient plus frais. Cetinje apparaît au bout d’une route bordée de marronniers en pleine feuille.

C’était la capitale royale du Royaume du Monténégro jusqu’en 1918, et cette histoire est écrite sur chaque rue. Les puissances étrangères y ont construit des ambassades à la fin du XIXe siècle quand le Monténégro était souverain et que les grandes puissances prêtaient attention ; les bâtiments restent, beaucoup abritant désormais de petits musées, leurs façades portant les empreintes architecturales des pays qu’ils ont représentés. L’ambassade de France. La légation russe. Le consulat britannique. Ils se trouvent dans des rues ombragées qui sont calmes maintenant, l’intrigue diplomatique remplacée par des pigeons et des vieux hommes sur des bancs qui semblent être là depuis aussi longtemps que les bâtiments.

La cour du Monastère de Cetinje, murs de pierre et cyprès sombres dans un silence qui semble activement entretenu

Le Monastère de Cetinje abrite une relique prétendue être la main droite de Jean-Baptiste. Je mentionne cela non pas pour être sensationnaliste mais parce que la façon dont elle est conservée — dans un simple coffret dans une petite chapelle, accessible à quiconque entre — capture quelque chose sur la relation de Cetinje avec son propre poids. C’est un endroit qui contient des choses remarquables et semble désintéressé à les faire connaître. La cour du monastère a un silence qui semble cultivé, comme si les moines le généraient activement. Je m’y suis assis vingt minutes et n’ai rien entendu sinon un corbeau et, au loin, quelqu’un coupant du bois.

Le complexe du Musée national s’étend sur plusieurs bâtiments, dont l’ancien palais royal où a vécu le dernier roi du Monténégro dans des pièces de proportions modestes. Ses effets personnels — uniformes, correspondance, une trousse de voyage en cuir usé — sont sous vitrine. L’échelle du palais est petite par rapport aux normes royales européennes, ce qui m’a semblé honnête d’une certaine façon. Le Monténégro a toujours été un royaume de montagne qui rendait plus que ce que sa taille laissait supposer, et sa capitale le reflète — grande ambition en dimensions modestes.

L'ancien Palais Royal de Cetinje, un bâtiment à deux étages d'une élégance retenue entouré de jardins dans le calme de la matinée

Il y a un café sur la place principale qui y est depuis assez longtemps pour que les chaises se soient adaptées à leurs occupants. J’ai pris un café et un morceau de quelque chose de sucré que je n’ai pas su identifier et j’ai regardé le matin passer à son propre rythme. Le serveur a apporté l’addition sans qu’on la lui demande puis l’a oubliée sur la table pendant encore une demi-heure.

Quand y aller : Cetinje est une destination toute l’année car elle ne dépend pas de la côte, mais le printemps et l’automne sont les meilleurs moments. En été elle offre un refuge de la foule côtière. Avril apporte les fleurs de marronnier et une certaine mélancolie qui convient à l’atmosphère de la ville. L’hiver a une dignité froide — les pics du Lovćen gardent parfois la neige bien jusqu’en mai, et les boulevards vides ont une grandeur qu’ils perdent en saison touristique.