La Condamine
"À La Condamine on peut oublier, brièvement et agréablement, qu'on est dans l'endroit le plus cher du monde."
Descendre de Monaco-Ville dans La Condamine donne l’impression de quitter un film pour en rejoindre un autre. Sur le Rocher, tout est disposé pour une certaine mise en scène : le palais, la cathédrale, les ruelles photographiées si souvent qu’elles ont appris à ne pas bouger. La Condamine, le quartier de plaine entre le pied du Rocher et le port, n’a pas été disposée pour quoi que ce soit. Elle existe parce que les gens ont besoin de quelque part pour mettre une pharmacie, une laverie automatique, un marchand de journaux, une boulangerie qui ouvre à six heures et demie. C’est le tissu conjonctif de Monaco, la partie qui rend possible tout le reste, et la partie à travers laquelle la plupart des touristes passent sans regarder.

La rue Grimaldi est la colonne vertébrale de La Condamine — une rue légèrement inclinée qui va de la Place d’Armes vers le port, bordée de petits commerces au rez-de-chaussée et d’appartements résidentiels aux étages. Le matin, ça sent le pain de la boulangerie du coin et le gasoil des camions de livraison et, bizarrement, les roses d’un fleuriste qui semble faire de bonnes affaires. J’y ai trouvé une toute petite épicerie italienne tenue par un homme qui a à peine reconnu mon français, rangée du sol au plafond d’huiles d’olive, de pâtes sèches et de bocaux d’anchois liguriens. Il était en train de moudre du café quand je suis entré et l’odeur m’a frappé comme quelque chose d’une autre vie. J’ai acheté un petit bocal d’anchois et je les ai mangés le soir avec du pain, debout sur une terrasse en regardant le port.

Ce que le quartier n’a pas, c’est de la prétention. Les cafés ici sont des endroits fonctionnels où les gens prennent un espresso vite fait avant d’aller travailler — pas aux prix de Monaco, même si ce n’est pas non plus bon marché par aucun standard européen, mais sans le théâtre des terrasses des boulevards. Je me suis assis dans l’un d’eux par un pluvieux matin de novembre et j’ai écouté deux hommes se disputer en monégasque, un dialecte qui se situe quelque part entre l’italien et le provençal et qui ne ressemble à ni l’un ni l’autre, et que seules quelques centaines de personnes dans le monde parlent encore couramment. Ils se disputaient à propos d’un permis de stationnement, ce qui m’a semblé d’une façon ou d’une autre plus réel que tout ce que j’avais rencontré dans la principauté. La Condamine est le Monaco qui se fiche de savoir si vous en avez entendu parler.
Quand y aller : Les matins sont La Condamine à son moment le plus vivant — les boulangeries, le marché, les travailleurs sur la rue Grimaldi. Le rythme propre du quartier est le plus rapide avant dix heures et de nouveau vers midi. N’importe quelle période de l’année convient ; c’est un quartier habité qui fonctionne en toutes saisons. Le marché sur la Place d’Armes tient les matins de semaine et est un vrai bonheur par tous les temps.