Jardins Saint-Martin
"Entrée libre, bancs publics, silence méditerranéen. Monaco recèle des multitudes."
Tout ne coûte pas de l’argent à Monaco. Les Jardins Saint-Martin serpentent le long de la falaise sud du Rocher, un étroit ruban de jardin public entre le Musée Océanographique et les anciens remparts, et ils sont gratuits, genuinement paisibles, et ignorés par presque tous les guides de voyage qui mentionnent la principauté. Je les ai découverts lors d’une lente promenade matinale sans destination particulière, suivant un chemin qui contournait le bord du Rocher et s’ouvrait soudain sur une vue si grande et si bleue que j’ai cessé de marcher pour rester là debout. En dessous, la mer. L’eau change de couleur ici — turquoise pâle sur les rochers près du rivage, puis s’approfondissant vite en indigo, puis ce bleu qui n’a pas d’autre nom que méditerranéen.

Les jardins sont plantés de ce qui pousse bien sur les falaises de la Riviera : des pins d’Alep dont les troncs penchent vers la mer après des décennies de mistral, des agaves avec leurs extravagantes hampes florales, du romarin poussant à l’état sauvage entre les dalles, des figuiers s’appuyant contre les murs de pierre. Il y a une statue du Prince Albert Ier en tenue d’explorateur — le prince océanographe — qui regarde vers l’eau qui l’obsédait. Des lézards traversent la pierre chaude sous le soleil de l’après-midi. En octobre, les jardins gardent ce calme particulier que prend la Méditerranée quand la saison touristique est passée et que la lumière prend une qualité oblique, ambrée et sérieuse. Je me suis assis sur un banc un moment. Un chat faisait de même. Ni l’un ni l’autre n’avions d’endroit où aller d’urgence.

Le chemin rejoint les remparts à l’extrémité est et le Musée Océanographique à l’extrémité ouest, de sorte qu’on peut faire le tour complet de la pointe sud du Rocher sans faire demi-tour. Les vues changent au fur et à mesure — vers l’est on aperçoit le littoral de Cap-Martin, vers l’ouest le port et le quartier du casino et les montagnes derrière, et en regardant directement en bas on voit l’eau travailler contre la base de la falaise avec une lente patience. La richesse de Monaco est intensément visible d’ici, toutes ces tours blanches et crème empilées sur la colline, mais la mer ne semble rien savoir de tout ça. La mer est indifférente. À Monaco, c’est une sorte de réconfort.
Quand y aller : Ces jardins sont plus beaux à l’aube et au crépuscule qu’en milieu de journée, quand le soleil est au zénith et les ombres trop courtes. Septembre et octobre offrent la meilleure lumière et les bancs les plus vides. L’entrée est gratuite. N’apporter rien d’autre que du temps.