Le Jardin Japonais de Monaco avec un bassin à carpes koï immobile, du gravier ratissé, un pont rouge en arc et des pins soigneusement taillés, les tours du quartier de Larvotto visibles derrière
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Jardin Japonais

"Sur le demi-kilomètre carré le plus bâti de la terre, quelqu'un a décidé de construire un silence délibéré et hors de prix."

Monaco ne brille pas, à première vue, par la tranquillité. C’est une principauté de la taille d’un grand aéroport, verticale et rutilante, chaque mètre carré monétisé et la plupart occupés soit par une supercar, soit par les tours de ceux qui possèdent des supercars. Aussi le Jardin Japonais arrive-t-il comme un véritable choc : un jardin japonais précis et feutré bâti en plein front de mer à Larvotto, les gratte-ciel se pressant de tous côtés et pourtant, d’une manière ou d’une autre, tenus entièrement à distance.

Un Jardin Conçu Selon une Philosophie

Le jardin a été inauguré en 1994, commandé par le prince Rainier III et dessiné par le paysagiste Yasuo Beppu, qui aurait refusé tout compromis sur l’authenticité malgré les contraintes absurdes du site. Tout obéit aux règles de la forme : le gravier ratissé, les pins taillés, l’emplacement de chaque rocher selon des principes que je ne prétends pas comprendre mais que j’ai sentis n’être pas arbitraires. Un bassin à carpes koï occupe le centre, traversé par un pont rouge en arc, les poissons se mouvant avec l’assurance lente de créatures qui ne se sont jamais inquiétées d’un loyer.

Lia, qui peut s’impatienter devant les choses trop soignées, s’est tue ici d’une manière que j’ai remarquée. Nous nous sommes assis sur un banc au bord de l’eau et le bruit de Monaco — et il y a toujours du bruit à Monaco — a tout simplement reflué. Pas disparu. Reflué, ce qui dans cette ville tient du miracle.

Un pont rouge en arc en bois traversant le bassin à carpes koï dans le Jardin Japonais de Monaco, du gravier ratissé et des pins taillés autour de l'eau avec un pavillon de thé traditionnel sur un côté

La Discipline des Petits Espaces

Ce que j’en suis venu à admirer, c’est sa discipline. Le jardin n’est pas grand — on en parcourrait les allées en dix minutes si l’on était du genre philistin à traverser les jardins au pas de charge. Mais il est conçu de sorte qu’aucun point de vue ne révèle l’ensemble, de sorte qu’on tourne un coin et la composition se recompose en quelque chose de nouveau : une lanterne, une cascade, un bosquet de bambous masquant la route derrière. Beppu a utilisé l’exiguïté comme un outil plutôt que de la combattre.

Il y a un pavillon de thé construit dans le style traditionnel, fermé le jour de notre visite, et une petite cascade dont le bruit accomplit un grand travail silencieux en couvrant la ville au-delà des haies. Par tempérament, je me méfie des jardins importés — ils ressemblent si souvent à des parcs à thème pour une culture. Celui-ci, non. Il avait l’air d’un argument, formulé en plantes et en pierre, selon lequel le calme est une chose que l’on peut construire délibérément à condition d’accepter d’y être impitoyable.

Une Pause dans la Machine

Nous sommes repartis au bout d’une heure et avons replongé aussitôt dans Monaco — les moteurs, le verre, l’étalage incessant de l’argent faisant ce que fait l’argent. Le contraste, c’était tout l’enjeu. Le Jardin Japonais est d’entrée gratuite, ce qui dans cette principauté ressemble presque à une erreur administrative, et c’est la meilleure chose que j’y aie faite. Tout le reste à Monaco vous invite à vouloir davantage. Le jardin vous invite à ne rien vouloir, brièvement, ce qui s’est révélé être le luxe le plus rare.

Quand y aller : Tôt le matin en semaine, quand vous pouvez avoir les allées presque pour vous seul. Le printemps met les azalées et les érables taillés en couleur ; l’automne fait quelque chose de plus discret et, on peut le soutenir, de plus fin avec les mêmes arbres.