Fontvieille
"Toute principauté a besoin d'un endroit pour ses entrepôts. Monaco y a aussi mis des fleurs."
Fontvieille est la partie de Monaco que personne ne met sur une carte postale, ce qui est précisément ce que j’aime ici. C’est le quartier le plus jeune de la principauté — gagné sur la mer entre les années 1960 et 1980 sur des remblais qui accueillent désormais l’industrie légère, des ateliers, des entrepôts commerciaux et l’héliport depuis lequel arrivent les visiteurs de la principauté les plus enclins à voyager par les airs. Les rues ici sont larges et fonctionnelles. Il y a des quais de chargement. Il y a un garagiste. Arriver à Fontvieille après une matinée sur la place du Casino ou sur le Rocher donne l’impression de prendre une bouffée d’air, ce qui n’est pas une métaphore qu’on attendrait d’une zone industrielle, mais l’intensité particulière de Monaco la rend appropriée.

Le Prince Rainier III était un collectionneur obsessionnel d’automobiles, et sa collection — plus d’une centaine de véhicules allant d’une voiture à vapeur du XIXe siècle aux Formule 1 qu’il a lui-même pilotées dans sa jeunesse — est abritée dans un musée à Fontvieille qui est véritablement excellent selon n’importe quel standard international. J’y ai passé deux heures et aurais pu en passer davantage. Les voitures sont disposées chronologiquement, chacune en état remarquable, et la progression des voitures à chevaux de l’ère hippomobile à travers la Belle Époque, les racer d’avant-guerre, les monstres américains d’après-guerre et les machines F1 modernes raconte une histoire sur le XXe siècle à la fois entièrement frivole et entièrement captivante. La Lancia Aurelia B20 personnelle du prince de 1952, dans un certain rouge qui fait quelque chose à la lumière, est la voiture à laquelle je continue de penser.

La Roseraie Princesse Grace occupe un petit promontoire sur le port de Fontvieille et est l’un de ces endroits tranquillement beaux qui n’exigent rien de vous sinon d’y être présent. Quatre mille rosiers, trois cent cinquante variétés, plantés dans des parterres qui descendent doucement vers le mur du bord de mer. En mai, quand les roses sont à leur apogée, le parfum vous parvient avant même d’entrer par le portail. Un matin de semaine en basse saison j’avais l’endroit presque pour moi seul, marchant dans les allées de brique entre des parterres étiquetés avec des noms comme Peace et Papa Meilland et Climbing Cecile Brunner, m’arrêtant devant celui qui porte le nom de Princesse de Monaco — blanc bordé de rose — et prenant mon temps d’une façon que les attractions les plus célèbres de Monaco permettent rarement.
Quand y aller : Mai est le moment pour la roseraie de Fontvieille — les fleurs sont à leur apogée et le parfum est exceptionnel. Le musée des voitures mérite une visite en toute saison et est particulièrement agréable les jours de pluie, quand l’atmosphère intérieure convient aux machines. Le quartier dans son ensemble est mieux en semaine, quand les rythmes commerciaux des quais de chargement et des ateliers lui donnent une énergie de travail qui disparaît le week-end.