Saharna
"La Moldavie cache son drame dans les ravins. Il faut quitter la route et descendre à pied dans le vert pour le trouver."
La Moldavie est un pays plat qui a appris à garder ses plus beaux paysages hors de vue, repliés dans des ravins qu’on ne devinerait jamais depuis la route. Saharna, à deux heures au nord de Chișinău près du Dniestr, en est la preuve la plus nette. Depuis la nationale, ce n’est rien — des champs, un embranchement, un village. Puis la terre s’ouvre en une gorge boisée, et au fond se trouve l’un des lieux de pèlerinage les plus importants du pays.
Le Monastère du Fond
Le monastère de la Sainte-Trinité est une communauté orthodoxe en activité, ses murs blancs et ses coupoles vertes blottis au pied de la gorge où un ruisseau court, froid, sur les pierres. Nous y sommes arrivés en semaine et l’avons trouvé animé d’une manière calme et résolue : des moines traversant la cour, une poignée de pèlerins, une femme vendant des cierges en cire d’abeille et de petits pots de miel depuis une table pliante.
Je ne suis pas un homme religieux, et Lia encore moins, mais il y a un calme particulier dans ces lieux qui n’exige pas la foi pour se faire sentir. Nous nous sommes assis un moment sur un banc au bord du ruisseau. Un chat qui considérait visiblement le monastère comme son fief personnel nous a inspectés, nous a jugés insuffisants et a poursuivi son chemin. Les reliques du monastère attirent les dévots de toute la Moldavie, mais par un matin ordinaire le sentiment dominant est simplement celui d’un silence abrité et bien entretenu.

En Remontant la Gorge jusqu’aux Cascades
La vraie récompense, c’est la marche en remontant la gorge derrière le monastère. Un sentier suit le ruisseau dans la forêt, grimpant le long d’une enfilade de petites cascades et de vasques rocheuses — la plus célèbre, la Cascade du Gitan, plonge dans un bassin clair où les habitants se baignent les jours de chaleur. En juin la gorge était d’un vert presque absurde, moussue, ruisselante, bruyante d’oiseaux et d’eau, ressemblant davantage à un fragment des Carpates qu’à quoi que ce soit que j’attendais de ce pays paisible.
Plus haut, au sommet de la falaise, une petite chapelle est bâtie à un endroit où, selon la légende fondatrice, un moine vit une apparition de la Vierge Marie et trouva plus tard son empreinte imprimée dans la roche. Pour l’empreinte, à chacun de décider. Ce qui ne fait aucun doute, c’est la vue de là-haut — toute la gorge en contrebas, les coupoles du monastère minuscules parmi les arbres, et la plaine agricole moldave reprenant au-delà du rebord comme si le ravin était un secret que le paysage rechignait à partager.
Le Chemin du Retour
Nous sommes redescendus lentement tandis que la lumière filtrait entre les arbres, nous nous sommes arrêtés pour acheter un pot de ce miel du monastère dont nous n’avions pas besoin, et nous l’avons mangé sur du pain dans la voiture comme des enfants. Saharna ne figure sur la carte internationale de rien, et j’espère qu’il en restera ainsi encore un moment. C’est le genre d’endroit qu’un pays garde pour lui.
Quand y aller : À la fin du printemps et en été (de mai à septembre), la gorge atteint son plus grand foisonnement et les cascades leur plus fort débit. Évitez les grandes fêtes orthodoxes, à moins de vouloir précisément vivre le lieu au plus fort du pèlerinage, quand il se remplit considérablement.