Tupungato
"À 1 400 mètres on ne cultive pas le vin — on le convainc, on argumente avec lui et on laisse finalement l'altitude décider."
Le gel est arrivé une nuit de février, ce qui n’était pas censé se produire en été. Je me suis réveillé dans la nuit avec un son que je ne pouvais pas identifier — une sorte de craquement sec qui s’est révélé, quand j’ai regardé par la fenêtre, être la mince croûte de glace se formant sur les flaques dans la route. À Tupungato, même les nuits de plein été peuvent descendre à deux ou trois degrés. Au matin le gel avait fondu et la température montait vers trente-cinq au soleil, et les vignes dans les parcelles au-dessus du bourg vibrer dans l’amplitude thermique qui fait de cette sous-zone de la Vallée d’Uco l’un des endroits les plus exigeants et les plus intéressants pour cultiver des raisins partout en Amérique du Sud.
Tupungato se trouve dans la section nord de la Valle de Uco, montant vers des altitudes de 1 400 et 1 500 mètres où l’air est nettement plus mince et les pics andins semblent plus proches qu’ils ne le sont. Le volcan qui donne son nom au district — Tupungato, 6 570 mètres, l’un des plus hauts d’Amérique — domine l’horizon occidental avec une autorité difficile à décrire sans paraître mélodramatique. Se tenir dans un vignoble à cette altitude avec cette montagne derrière les vignes est l’un de ces moments où le vin cesse d’être un produit et commence à être un argument sur le lieu. Les raisins ne peuvent pousser nulle part ailleurs sur terre et se présenter ainsi en même temps. Le lien est direct.

La vinification ici tend vers les pratiques biologiques et biodynamiques — non parce que c’est à la mode, mais parce que l’altitude et l’amplitude thermique extrême réduisent la pression fongique qui afflige les vignobles de plus basse altitude, rendant l’intervention chimique genuinement inutile. Domaine Bousquet, une exploitation familiale établie par un vigneron français qui a goûté un Malbec de Tupungato à la fin des années 1990 et a déménagé sa famille en Argentine dans l’année, est certifiée biologique dans tous ses vignobles. Leur Ameri Organic Malbec — pressé de fruit cultivé à environ 1 200 mètres — est le genre de vin qui goûte propre d’une façon qui n’a rien à voir avec la douceur : il est brillant et précis, avec un soulèvement floral que les vins de plus basse altitude n’ont pas, et une finale minérale qui court longue et fraîche comme les nuits ici haut.

Le village de Tupungato est fonctionnel et sans prétention — une grille de rues avec un petit marché, deux restaurants servant le même menu tournant de milanesas et d’empanadas et de coupes de parrilla, et une quincaillerie qui est aussi un point de conversation général pour la communauté agricole. Ce n’est pas un endroit qui joue au tourisme vinicole ; c’est une ville agricole qui se trouve à l’intérieur de l’une des zones viticoles émergentes les plus intéressantes du monde. J’ai déjeuné à une table derrière la station-service — la seule option que la dame de la pension pouvait recommander — et le churrasco avec chimichurri était l’une des meilleures versions que j’avais goûtées en Argentine. Elle m’a dit que le propriétaire du restaurant utilise la graisse de cuisson du bœuf pour imperméabiliser ses bottes de travail. Cette information a amélioré le chimichurri d’une façon ou d’une autre.
Quand y aller : Avril est idéal — les vendanges sont en cours ou viennent de se terminer, les amplitudes thermiques sont à leur plus dramatique et les Andes sont nettement dégagées avant que les nuages d’hiver se forment. Octobre et novembre pour la croissance printanière et les routes les plus accessibles. Le temps de montagne se déplace vite à cette altitude ; emporter une couche chaude en toute saison.