Sol forestier dense couvert de mousse a Mawphlang avec d'anciens monolithes de pierre a demi enfouis parmi des racines noueuses dans une lumiere verte
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Foret Sacree de Mawphlang

"Notre guide m'a dit, tres calmement, que les gens qui empochent une pierre ici finissent souvent par la rapporter. Je n'ai pas teste la theorie."

A environ une heure au sud-ouest de Shillong, sur les prairies vallonnees des collines Khasi orientales, il y a une ile vert sombre de foret que les prairies environnantes n’osent pas toucher. C’est le bois sacre de Mawphlang — Law Kyntang en khasi — l’une des plus anciennes forets protegees du Meghalaya, sacree pour le peuple khasi depuis des siecles et regie par une seule regle absolue que notre guide, un homme a la voix douce nomme Banri, du village, nous a expliquee avant d’entrer : on n’emporte rien. Ni une fleur, ni une branche tombee, ni un caillou. Ce qui entre dans la foret reste dans la foret, et ce qui appartient a la foret n’est pas a vous.

Le seuil et la regle

Je suis, par temperament, sceptique face a ce genre de choses, et j’avoue que je m’attendais a ce que l’interdiction ait des airs de formalite touristique. Ce n’est pas le cas. La transition est physique et immediate — on passe de la prairie ouverte et battue par le vent a un interieur immobile, humide et sombre ou la temperature chute de plusieurs degres et ou le bruit du monde s’arrete tout simplement. La canopee se referme au-dessus de la tete. Chaque surface est tapissee d’une mousse si epaisse qu’elle semble deliberee. Banri marchait devant nous au rythme de quelqu’un traversant une piece ou d’autres dorment, et sans vraiment le decider, Lia et moi avons baisse la voix pour nous accorder a lui.

Interieur moussu du bois sacre de Mawphlang avec la lumiere filtrant a travers une canopee dense sur le sol tapisse de vert et les pierres

La foret etait protegee, nous a dit Banri, par le clan local et une divinite tutelaire appelee Labasa, dont on dit qu’elle prend la forme d’un tigre ou d’un leopard et qui ne voit pas le vol d’un bon oeil. Il a relate, sans drame et sans m’inviter a y croire, les recits locaux habituels — le fonctionnaire qui avait pris du bois et etait tombe malade, les touristes qui avaient renvoye des pierres par la poste depuis des villes lointaines avec des lettres d’excuses. J’ai remarque qu’il ne les presentait pas comme la preuve de quoi que ce soit. Il les presentait comme des choses qui s’etaient produites, et me laissait en faire ce que je voulais. C’est un style plus persuasif que l’insistance.

Ce qui pousse la ou rien n’est pris

Ce que la regle a produit, au fil des siecles, est une capsule temporelle ecologique. Comme rien n’est retire, le sol de la foret est un matelas profond de litiere et de bois mort a tous les stades de decomposition, et il en jaillit une densite d’orchidees, de fougeres, de champignons et de plantes medicinales que les botanistes viennent etudier de toute l’Inde. D’anciens arbres de rudraksha et de chene se dressent enlaces de lianes ; les monolithes — pierres dressees placees par les clans khasi pour des rituels remontant a des generations — reposent a demi engloutis par la mousse dans des clairieres ou l’on faisait jadis des sacrifices d’animaux. C’est, au sens le plus litteral, l’aspect qu’avait tout ce paysage avant que l’agriculture et le paturage ne reduisent les collines alentour a de l’herbe.

Anciens monolithes de pierre dresses dans une petite clairiere au sein du bois de Mawphlang, entoures de fougeres et de vieux arbres moussus

Nous sommes restes a l’interieur peut-etre quatre-vingt-dix minutes et j’en suis ressorti a contrecoeur, ce qui m’a surpris. Je ne suis pas sur d’etre sorti en croyant a Labasa. Mais je suis sorti certain que la regle fonctionne, quelle qu’en soit l’explication — qu’une communaute decidant, collectivement et pendant des siecles, qu’un coin de foret n’est tout simplement pas a prendre a preserve quelque chose que toute la logique economique du monde moderne aurait mis a nu il y a des decennies. Que j’y croie ou non, je constate que je respecte enormement le resultat.

Quand y aller

D’octobre a debut decembre, on a la lumiere la plus pure et les sentiers les plus fermes apres la mousson, la prairie autour du bois virant a l’or. Les mois de mousson sont spectaculairement verts mais les sentiers a l’interieur se changent en boue glissante. Engagez un guide du village a l’entree — c’est obligatoire, cela soutient directement la communaute qui protege le bois, et vous ne devriez vraiment pas vous y aventurer seul.