La traversée de la baie
La vedette depuis Fort-de-France ne coûte presque rien et met une vingtaine de minutes, coupant tout droit à travers la Baie de Fort-de-France. Sur le bateau on a de la capitale une vue qu’on n’a pas de l’intérieur — la ville étalée le long du front de mer, les collines empilées derrière, les porte-conteneurs mouillés au large. Puis le bateau vire au sud, la ligne d’horizon rétrécit et Les Trois-Îlets apparaît, bas, vert et considérablement plus calme.
C’est ainsi que je préfère arriver où que ce soit, honnêtement : par l’eau, en regardant en arrière vers le lieu d’où je viens. Lia est restée à Fort-de-France ce matin-là pour passer du temps au marché, alors j’ai fait la traversée seul, avec un café du snack du bac qui tiédissait dans ma main, regardant la ville s’éloigner.
La place du village et la question de Joséphine
La place principale des Trois-Îlets est petite, écrasée de soleil et ancrée par une église jaune pâle dont la construction remonte au milieu du dix-huitième siècle. Dans une petite chapelle au fond, le registre paroissial consigne le baptême de Marie-Josèphe-Rose Tascher de la Pagerie, née en juin 1763. Elle deviendrait l’impératrice Joséphine, première épouse de Napoléon, la personne la plus célèbre jamais liée à cette île.
La Martinique entretient une relation compliquée avec Joséphine. La statue d’elle à Fort-de-France se dresse, c’est notoire, sans tête, décapitée à deux reprises — sa réputation ternie par son rôle présumé dans le rétablissement de l’esclavage sous Napoléon. Aux Trois-Îlets, le musée consacré au domaine où elle naquit (La Pagerie, à environ deux kilomètres du centre du village) présente son histoire avec considérablement plus de neutralité que la plupart des visiteurs ne le trouveraient confortable.
J’y suis allé quand même. Les ruines de l’habitation sucrière sont véritablement évocatrices — murs de pierre taillée, une ancienne baignoire de pierre, les vestiges d’une sucrerie — et le domaine est frais et ombragé d’une manière qui vaut la marche dans la chaleur de midi, quoi que vous pensiez du parti pris du musée.
L’eau et le rythme du village
Le village lui-même se vit le mieux lentement : un café à l’une des tables de la place, une promenade jusqu’à la petite plage de pêche où rentrent les pirogues peintes, un coup d’œil aux ateliers de poterie qui fonctionnent depuis des générations dans le hameau voisin de La Poterie. Le sol argileux de cette partie de la Martinique produit apparemment une terre particulièrement maniable, et la tradition de la poterie est antérieure à l’installation européenne.
L’infrastructure touristique ici est fortement orientée vers les hôtels de plage qui bordent la côte à l’ouest — Pointe du Bout, Anse Mitan — mais si vous vous éloignez cinq minutes de la bande de la marina, le village se réaffirme. Une vieille femme vendant des christophines dans une cagette en plastique. Des écoliers en uniforme bleu mangeant des sno-balls. L’odeur du pain qui cuit dans une boulangerie qui, comme la plupart des bonnes boulangeries des territoires français, ouvre deux fois par jour et ferme à l’instant où le pain est épuisé.
Un après-midi sur l’eau
Les eaux plus calmes de la rive sud de la baie se prêtent bien au kayak et au paddle, et plusieurs loueurs autour de la plage de l’Anse Mitan prêtent du matériel sans exiger de réservation. J’ai passé une heure à dériver vers les voiliers au mouillage, puis à pagayer vers le rivage avant que le grain de l’après-midi ne se forme sur les montagnes au nord.
Le bac vers Fort-de-France circule jusqu’en soirée, donc rien ne presse. J’ai mangé une assiette d’accras et un bol de bouillon de poisson dans un snack du front de mer avant la dernière traversée confortable, regardant les lumières s’allumer dans la capitale de l’autre côté de l’eau.
Quand y aller : De décembre à mai, le ciel est sec et dégagé et la chaleur supportable. La baie est calme toute l’année sur cette côte sous le vent, ce qui la rend fiable pour les activités nautiques même hors saison. Évitez les grands week-ends fériés, quand les excursionnistes de Fort-de-France peuvent saturer le bac et la plage.