Le Marin
"Ici, tout le monde est soit en train de partir, soit fraîchement arrivé, et les deux états sont pris au sérieux."
Une ville bâtie pour les bateaux
Le Marin se trouve au fond d’une baie naturelle profonde sur la côte sud de la Martinique, et c’est un mouillage important depuis le dix-septième siècle. Aujourd’hui la marina abrite entre mille et mille cinq cents bateaux à tout moment — catamarans, monocoques, navires de charter, bateaux habités — ce qui en fait l’une des plus grandes des Caraïbes. La rue principale longe le front de mer, et la vue qu’on en a est essentiellement une forêt de mâts s’étendant jusqu’à la frange de mangrove de la baie.
Je ne suis pas marin. Autant le dire d’emblée. Je n’ai aucune aspiration nautique, aucun désir de rejoindre un équipage, aucune patience pour ce genre particulier de personne qui ouvre chaque conversation par la marque et la longueur de son bateau. Mais les ports en activité me fascinent quand même, et Le Marin en est véritablement un — pas une marina maquillée pour les touristes, mais un lieu organisé autour de la logistique réelle de la navigation hauturière.
L’église jésuite sur la colline
La chose la moins visitée du Marin est l’église, qui se dresse sur la colline au-dessus du front de mer depuis 1766 et porte la rare distinction d’avoir été construite et financée par l’ordre des Jésuites avant leur expulsion des colonies françaises. L’intérieur est simple et frais, avec un plafond de bois peint et un sol qui penche légèrement avec la pente de la colline. Les Jésuites avaient des opinions fermes sur les proportions et l’église a ce sentiment d’aplomb d’un bâtiment qui sait exactement ce qu’il est.
Le dimanche matin les cloches portent jusqu’à la marina et le son se mêle de façon intéressante au bruit des gréements des bateaux en contrebas — métal contre métal, puis bronze, puis métal de nouveau.
Le marché et le poisson
Le Marin possède le marché aux poissons le plus animé de l’île, le vendredi, dans la halle couverte près du front de mer. Il dure du petit matin jusqu’à midi, ou jusqu’à épuisement de la pêche, selon ce qui arrive en premier. La sélection reflète les pêcheries du sud : thon, daurade coryphène, marlin, langoustes, tilapia, des variétés de vivaneau dont j’ignore les noms français. Les vendeurs sont rapides et efficaces et négocient avec les touristes depuis assez longtemps pour que la transaction n’exige guère plus de français que de pointer du doigt et de dire un chiffre.
J’ai acheté deux portions de thon et en ai mangé une à une table dehors avec une Lorraine fraîche et une sauce chien — le condiment martiniquais classique d’échalotes, thym, piment antillais, jus de citron vert et eau chaude — que la grand-mère de quelqu’un prépare vraisemblablement depuis avant la naissance de quiconque ici. La seconde portion, je l’ai rapportée à notre location et transformée en quelque chose qui ressemblait à un tataki, ce qui n’est pas traditionnel mais a fonctionné quand même.
Un après-midi dans la culture du bateau
La bande de la marina contient un archipel de magasins d’accastillage, de shipchandlers, d’agences d’équipage et de clubs de plongée, plus plusieurs bars qui servent des punchs l’après-midi à des gens en short et chemises de voile délavées, le nez sur les applis météo de leur téléphone. Lia a trouvé tout cela fascinant d’un point de vue anthropologique. Nous nous sommes assis dans un bar dont le nom comportait quelque chose comme une ancre et avons écouté trois conversations distinctes se dérouler simultanément en français, en anglais et dans ce que je crois être du néerlandais.
La communauté de la voile ici est internationale et de passage d’une manière bien précise — des gens qui attendent une fenêtre météo, des gens qui viennent de traverser l’Atlantique, des gens qui sont là depuis assez longtemps pour avoir cessé de se dire marins et commencé à se dire locaux. Ils ont tous des opinions extrêmement tranchées sur le meilleur mouillage des Grenadines.
Quand y aller : De décembre à mai c’est la saison de la voile, quand la marina atteint sa capacité maximale et que l’énergie sociale est à son comble. Pour le marché aux poissons, allez-y n’importe quel vendredi matin entre sept et onze heures. Le marché et la ville sont agréables toute l’année, mais les mois intermédiaires de juin et novembre offrent des prix d’hébergement plus bas et un mouillage nettement plus calme.