Chaves
"L'horaire des bateaux existe en théorie. En pratique, il existe quand le bateau existe."
L’extrême ouest de Marajó
Si Soure est la porte d’entrée de Marajó, Chaves est la pièce où personne ne va. Elle se trouve sur le versant occidental de l’île, face à la baie de Marajó, accessible uniquement par voie fluviale depuis Breves ou par de longues traversées en bateau depuis d’autres municipalités de l’île. Aucune route goudronnée ne la relie au reste de Marajó — les zones humides de l’intérieur de l’île rendent les itinéraires terrestres impossibles la plupart de l’année. Chaves est, selon toute définition raisonnable, une ville-frontière.
Je suis venu ici parce que j’avais passé une semaine sur le versant oriental, plus accessible, et qu’un pêcheur local de Santa Cruz a paru sincèrement perplexe quand je lui ai dit que je ne comptais pas aller à Chaves. « Mais c’est ça, la vraie île », a-t-il dit. J’ai pris le bateau le lendemain. Il est parti avec six heures de retard. Quand je suis arrivé, j’ai compris ce qu’il voulait dire.
Arrivée par le fleuve
L’approche de Chaves par bateau vous offre Marajó dans sa forme la plus élémentaire : eau plate, plaine inondable sans fin, l’occasionnel groupe de maisons sur pilotis, des hérons sur chaque branche disponible. La ville apparaît peu à peu depuis le fleuve — un clocher d’église, un château d’eau, les lignes de toits de peut-être un millier de maisons disposées le long de la rive. Rien chez elle ne suggère que le XXIe siècle soit définitivement arrivé. Ce n’est pas une plainte.
Le ponton est un assemblage flottant de planches et de fûts à huile. Quelqu’un proposera de porter votre sac jusqu’à la pousada la plus proche. Acceptez.
La pêche au piranha comme activité par défaut
Les habitants pêchent le piranha comme on va se promener un après-midi ailleurs. Un morceau de viande crue sur un hameçon, une ligne à main, un coin de berge où le courant tournoie. On m’a tendu une ligne vingt minutes après mon arrivée et j’ai attrapé trois piranhas dans la première demi-heure. Ils ne sont pas gros — plus petits que je ne l’imaginais vu leur réputation — mais ils mordent fort et vite. Le pêcheur qui m’accompagnait les a vidés et frits sur un petit feu et ils avaient le goût d’un tilapia rancunier : ferme, blanc, un peu vaseux. Excellents avec de la farinha et du citron vert.
Les igarapés (canaux fluviaux) autour de Chaves abritent aussi la dourada, le tambaqui et l’énorme pirarucu — un poisson amazonien d’échelle mythologique qui exige un équipement adéquat et un savoir local pour être pêché de manière responsable. Plusieurs familles proposent des sorties à la journée dans les canaux. C’est la meilleure façon de découvrir l’intérieur aquatique.
Une ville qui suit ses propres règles
Chaves a l’électricité (un générateur diesel) qui fonctionne jusqu’à 22 heures environ, un marché qui opère selon son propre calendrier, et une vie sociale entièrement organisée autour du front de fleuve. J’ai passé deux soirées dans un bar qui était techniquement le salon de quelqu’un avec des chaises en plus, à boire de la bière tiède et à écouter du forró depuis une enceinte Bluetooth pendant que le fleuve s’assombrissait dehors. Trois générations de la même famille sont allées et venues au cours d’une soirée. La conversation m’était largement incompréhensible, mais l’hospitalité, elle, était claire.
L’hébergement est rudimentaire — ma chambre avait un crochet à hamac et un lit, et on m’a dit que le hamac était plus confortable. Le hamac avait raison.
Ce que Chaves exige
Venir ici exige à parts égales de la planification et de la souplesse. Le bateau depuis Breves prend de quatre à six heures selon les marées. Les bateaux circulent deux ou trois fois par semaine — rarement à horaire fixe. Apportez du liquide. Apportez un hamac si vous en avez un. Apportez de la patience pour le rythme d’un lieu qui n’a jamais eu besoin d’impressionner qui que ce soit.
Quand y aller : De juillet à novembre pour les horaires de bateau les plus fiables et des niveaux d’eau plus bas, qui rendent les canaux de pêche plus accessibles. La saison des pluies (février à mai) est très chargée en moustiques et certains canaux ne deviennent navigables qu’avec de très petites embarcations. Restez au moins trois nuits — une pour récupérer du voyage, deux pour être vraiment là.