Le trajet en taxi jusqu’au village de Coloane depuis le terminal des ferries vous fait traverser le Cotai Strip — devant les colonnes romaines du Venetian et le contour improbable du City of Dreams — puis, au moment où l’on franchit le pont vers l’île de Coloane, quelque chose change. La densité se relâche. Il y a des arbres. La route se rétrécit. Au moment où l’on arrive au village lui-même, un petit groupe de bâtiments bas autour d’une baie abritée, on pourrait presque oublier qu’il y a quinze minutes on regardait des touristes photographier une gondole factice.
Le village de Coloane a une place — petite, intime, sans aucune ressemblance avec la grande place du Sénat — avec une chapelle portugaise jaune à un bout et une petite statue de bronze d’un navigateur à l’autre. La chapelle Saint-François-Xavier date de 1928 et est assez simple pour ressembler à un acte de foi honnête plutôt qu’à une déclaration coloniale : intérieur blanc, plafond en bois peint, une relique osseuse du saint dans une vitrine de verre près de la porte. Je me suis assis dans un banc un moment, non par compulsion religieuse mais parce que la chapelle était fraîche et silencieuse et les seuls sons étaient un ventilateur de plafond et des pas occasionnels sur le sol de pierre à l’extérieur.

Le front de mer est bordé d’anciennes maisons de pêcheurs, certaines converties en restaurants, d’autres montrant encore la peinture usée et la ferronnerie rouillée de leur fonction d’origine. Les bateaux dans le port sont plus petits que prévu — des embarcations en bois étroites avec des moteurs hors-bord, peintes en rouges et bleus délavés. Des vieux hommes raccommodent des filets sur le quai le matin. Ce n’est pas une représentation pour les touristes : Coloane est encore, dans une mesure qui surprend la plupart des visiteurs, une véritable communauté de pêcheurs, bien que ses effectifs aient diminué.
Le lien avec la tarte aux œufs est réel et mérite d’être pris au sérieux. Andrew Stow, un pharmacien britannique, a ouvert la Boulangerie Lord Stow dans le village en 1989 et a adapté les pastéis de nata portugais pour en faire la tarte aux œufs macaense — plus sombre, plus caramélisée, plus riche en crème pâtissière, dorée par une température de four plus élevée. La boulangerie fonctionne toujours depuis sa boutique d’angle d’origine. Les tartes sortent du four toutes les trente minutes. La queue avance vite. J’en ai mangé quatre d’affilée debout à un petit comptoir, en regardant le port, sans aucun regret. La crème pâtissière est d’une douceur tremblante, la croûte est croustillante à se briser, et la légère amertume de la couche supérieure caramélisée est ce qui la rend plus complexe que sa cousine de Lisbonne.

Au-delà de la boulangerie, Coloane récompense la flânerie sans agenda. Les ruelles au-dessus de la place du village montent sur un flanc de colline boisé où quelques vieux temples chinois sont assis à l’ombre de banyans. Le sentier de randonnée vers l’Alto de Coloane — le point le plus élevé de l’île — prend environ quarante minutes et se termine par une statue blanche de la Déesse de la Miséricorde surplombant un paysage verdoyant qui serait quelconque ailleurs mais qui, dans le contexte de Macao, ressemble à un petit miracle.
Quand y aller : Coloane est agréable toute l’année mais genuinement charmant en octobre et novembre quand l’humidité baisse et que la lumière sur le port est particulièrement claire. Les matins en semaine sont plus calmes. La queue à la boulangerie est plus courte avant 10h.