Asie
Macao
"Je suis venu pour les casinos et je suis resté pour les pasteis de nata."
Je suis arrivé en ferry depuis Hong Kong, une traversée d’environ une heure qui vous dépose dans un terminal de la taille d’un petit aéroport. À peine la douane franchie, les bus des casinos attendent — des navettes gratuites enveloppées de logos dorés, garées en rang, prêtes à vous emmener quelque part qui pourrait être Las Vegas, Macao ou nulle part en particulier. J’en ai pris un, et je l’ai regretté presque aussitôt. Parce que le vrai Macao — celui qui justifie le voyage — n’est pas sur la bande de Cotai.
Le Centre Historique est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, et pour une fois cette désignation a du sens. Les Ruines de Saint-Paul, c’est ce que tout le monde photographie : une façade baroque en pierre qui tient seule, l’église derrière depuis longtemps détruite par un incendie, le mur de pierre se maintenant contre le ciel comme le décor d’un théâtre. Mais ce qui vous surprend, c’est le quartier autour — la place du Sénat pavée de mosaïques posées à la main, des bâtiments peints en couleurs pastel avec leurs azulejos portugais, des vieux hommes jouant aux cartes à l’ombre d’un banyan à cinq minutes d’un casino avec mille machines à sous. Les Portugais sont partis en 1999 mais ils ont laissé leurs os dans l’architecture, et la ville chinoise qui a poussé autour de ces os a créé quelque chose qui n’existe nulle part ailleurs sur terre. La nourriture en est la preuve : le pastel de nata, la tartelette à la crème aux œufs originaire des monastères de Lisbonne, a ici une version macaïste plus dorée et plus crémeuse, servie dans de petites pâtisseries qui font exactement ça depuis avant que la plupart des villes occidentales aient des rues pavées.
Le décalage d’échelle est désorientant d’une façon que j’ai trouvée fascinante plutôt que déplaisante. La bande de Cotai — un bout de terrain gagné sur la mer reliant deux îles autrefois séparées — est là où vivent les mega-casinos, et ce sont des choses genuinement monumentales : Le Venetian Macao, avec un faux Grand Canal à l’intérieur d’un bâtiment de la taille d’une petite ville ; le Lisboa dans le vieux Macao, en forme de roulette vu du ciel, dont le néon criard est la chose la plus honnête de la ville. J’ai marché une heure dans le Venetian rien que pour saisir son échelle. Il y a des jours où j’ai passé de pires après-midis.
Quand y aller : D’octobre à décembre, c’est idéal — l’humidité baisse, les températures sont agréables aux alentours de vingt degrés, et la lumière sur les façades est particulièrement belle en fin d’après-midi. Évitez le Nouvel An chinois et le week-end du Grand Prix de Macao en novembre, à moins de réserver des mois à l’avance et d’apprécier la foule. L’été (juin–août) est chaud, humide et sujet aux typhons.
Ce que la plupart des guides ratent : Ils présentent Macao soit comme une destination de jeu, soit comme une excursion d’une journée depuis Hong Kong. Les deux cadres passent à côté de l’essentiel. Restez au moins une nuit — la ville après le départ des touristes à la journée, quand le néon s’allume sur les rues historiques, est un endroit totalement différent. Et la cuisine macaïste — une véritable fusion de techniques chinoises et portugaises développée sur quatre siècles — est l’une des plus sous-estimées d’Asie. Commandez le poulet africain, le caldo verde et le minchi (un hachis macaïste de viande et de pommes de terre) n’importe où près de la place du Sénat. Vous ne serez pas déçu.