La vaste surface gelée du lac Baïkal sous un immense ciel bleu avec des montagnes enneigées au loin

Asie

Lac Baïkal

"J'ai marché sur un lac et j'ai regardé droit vers le bas, dans trente mètres de rien."

Je suis arrivé au Baïkal en février, ce que tout le monde m’a dit être soit une idée brillante, soit un signe de mauvais jugement. Le train depuis Irkoutsk vous dépose à Listvianka, un village de maisons en bois et de cabanes de fumage sur la rive sud du lac, et rien ne vous prépare au premier instant où vous posez le pied sur la glace. Ça ne ressemble pas à un lac. Ça ressemble à une planète — 636 kilomètres d’eau gelée qui disparaissent dans un horizon qu’on ne peut pas voir la fin. Et sous vos bottes, la glace n’est pas blanche. Elle est bleu-vert et transparente, fendue en longues fractures diagonales qui capturent la lumière hivernale comme du vitrail. On voit droit vers le bas. Les poissons sont là quelque part, à trente mètres sous vos pieds, vivant dans le lac le plus profond de la Terre.

Ce que le Baïkal vous fait est difficile à expliquer rationnellement. Le peuple bouriate qui vit sur ses rives depuis des siècles l’appelle la Mer Sacrée, ce qui au premier abord semble mystique et puis, après un jour ou deux, semble être une description précise. L’eau est si pure qu’on peut la boire directement du lac — je l’ai fait, en la recueillant avec les mains à travers une fissure dans la glace, les doigts tellement gelés qu’ils avaient cessé de ressembler à des doigts. En été, l’eau reste assez froide pour vous couper le souffle même en juillet. Les phoques nerpas, une espèce d’eau douce qu’on ne trouve nulle part ailleurs sur la planète, remontent par des trous dans la glace et vous regardent de leurs immenses yeux sombres comme si c’était eux qui étaient déroutés par votre présence. L’omoul, un poisson blanc endémique du Baïkal, figure sur tous les menus de tous les restaurants sous toutes ses formes — fumé à chaud, fumé à froid, séché, grillé sur du charbon au bord du lac. J’en ai mangé chaque jour pendant une semaine sans jamais m’en lasser.

Quand y aller : Février et mars pour la glace — c’est quand elle est assez épaisse pour marcher dessus, les fissures sont photographiquement spectaculaires, et les fameuses bulles de glace (du méthane gelé à mi-chemin de la surface) sont visibles. Juin et juillet amènent des températures douces et du kayak en eau libre, mais les vrais passionnés y vont en hiver. Évitez la fin avril quand la glace fond mais n’a pas encore disparu : on ne peut pas marcher dessus, on ne peut pas naviguer, et c’est beau de la façon dont les choses inutiles peuvent l’être.

Ce que la plupart des guides ratent : Ils présentent le Baïkal comme une excursion depuis Irkoutsk, qui vaut deux ou trois jours. Ce n’est pas faux à proprement parler — c’est juste un manque d’imagination. Le Baïkal n’est pas un lac qu’on coche sur une liste. C’est un endroit qui exige qu’on s’y attarde, qu’on marche plus loin sur la glace qu’il ne semble raisonnable de le faire, qu’on mange de l’omoul à une table de pique-nique par moins quinze et qu’on comprenne pourquoi des gens choisissent de vivre en Sibérie. Donnez-lui au moins cinq jours. Une semaine, c’est mieux. Le Transsibérien peut attendre.