La verte vallee alpine d'Altyn-Arashan au Kirghizistan cernee de pics enneiges, avec une riviere traversant les prairies et quelques cabanes de bois pres des sources chaudes
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Altyn-Arashan

"Trois heures a l'arriere d'un jeep sovietique secoue comme un de a jouer, et puis une vallee verte, une source chaude et un pic enneige suspendu au-dessus de tout : un echange equitable."

La maniere habituelle d’entrer a Altyn-Arashan est de marcher, une longue journee de montee depuis Karakol a travers la foret d’epiceas le long de la riviere Arashan, et le romantique en moi voulait faire exactement cela. Le pragmatique, ayant regarde la meteo et l’etat du genou de Lia, a reserve un UAZ, l’indestructible jeep sovietique qui est le seul vehicule a moteur capable de venir a bout de la piste. Je ne crois pas avoir jamais ete secoue aussi completement en etant assis. La route, et j’emploie le mot avec generosite, est essentiellement le lit de la riviere lui-meme : trois heures de blocs, de gues et de pentes qui faisaient hurler le vieux moteur en premiere. Le chauffeur, fumant cigarette sur cigarette et parfaitement calme, prenait le tout a une allure suggerant qu’il l’avait fait dix mille fois, ce qui etait probablement le cas.

Une vallee qui vaut la raclee

Et puis la foret s’acheve et la vallee s’ouvre, et c’est le genre de vue qui fait pardonner le voyage a l’instant. Altyn-Arashan, dont le nom signifie station thermale doree, est une large vallee alpine verte vers trois mille metres, la riviere Arashan se tressant a travers des prairies planes, les versants montant vers la foret puis vers le mur strie de neige du Terskey Ala-Too. En tete de vallee, par temps clair, le pic du mont Palatka se dresse au-dessus de tout comme une tente, ce qui est le sens de son nom. Il y a une poignee de pensions simples et de camps de yourtes le long du fond de vallee, la fumee de bois montant, des chevaux paissant en liberte, et pas grand-chose d’autre. Le silence apres que le jeep eut coupe son moteur etait presque physique.

Les larges prairies de la vallee d'Altyn-Arashan avec la riviere Arashan serpentant, des pensions de bois au premier plan et des pics enneiges s'elevant derriere

Les sources chaudes sont la raison du nom et du hameau. Une eau geothermique jaillit ici et a ete canalisee vers quelques bains rustiques (des cabanes de beton ou de bois, chacune avec une cuve carrelee ou de pierre, alimentee par une eau de source amenee par tuyau, assez chaude pour qu’on y laisse entrer l’eau froide de la riviere afin de la rendre supportable). Nous avons paye une petite somme a la pension et eu une cabane privee une demi-heure. Assis dans l’eau minerale jusqu’au cou, qui sentait faiblement le fer, regardant la neige du Palatka par une petite fenetre embuee, l’air dehors assez froid pour voir mon souffle : c’est l’un des meilleurs bains de ma vie, et j’en ai cherche quelques-uns.

Chevaux, bergers et la longue descente

La vallee est un paturage de travail, non un parc. Des chevaux a demi sauvages paissent les prairies, et l’ete les familles de bergers montent leurs betes vers l’herbe haute, leurs yourtes parsemant les vallons lateraux. Nous avons loue des chevaux une matinee et chevauche vers la tete de la vallee avec un jeune berger nomme Azamat qui ne parlait aucune langue que nous comprenions, communiquant entierement par gestes et par rires, et ce fut l’une des matinees les plus faciles que j’aie passees avec un inconnu. Le sentier grimpait vers la base des pics plus hauts, les fleurs de prairie cedant la place a l’eboulis, les marmottes sifflant depuis les rochers.

Des chevaux paissant sur les vertes prairies alpines d'Altyn-Arashan avec la yourte d'un berger et les pics stries de neige du Terskey Ala-Too au loin

Nous sommes redescendus a pied jusqu’a Karakol le lendemain plutot que d’affronter de nouveau le jeep, quatre heures de descente a travers la foret d’epiceas avec la riviere bruyante a cote, et ce fut le bon choix : la descente a pied est douce et belle d’une maniere que la montee, brise-os, ne laisse jamais apprecier. Karakol elle-meme, avec sa mosquee dounganne en bois et son marche aux bestiaux, merite un jour de chaque cote. Mais c’est a la vallee que je reviens sans cesse en pensee.

Quand y aller : de juin a septembre, quand les hautes prairies sont vertes, les sources accessibles et la piste du jeep ouverte ; hors de ces mois la neige peut bloquer entierement l’itineraire et les pensions ferment en grande partie. Meme en ete, les nuits a trois mille metres sont froides ; emportez des couches chaudes et attendez-vous a des changements de temps rapides.