Jardin Secret de Bouddha
"La montee etait si raide que notre jeep de location a cale deux fois, et Lia a annonce qu'elle ferait le reste a pied par principe ; alors la jungle s'est ouverte sur un flanc de colline plein d'inconnus de pierre."
L’essentiel de Koh Samui se joue au niveau de la mer : les plages, les bars, l’aeroport, le ruban incessant de complexes hoteliers. Le Jardin Secret de Bouddha est la correction de l’ile a tout cela, cache haut dans l’interieur granitique au-dessus de Lamai, et y parvenir releve veritablement de l’epreuve. La piste qui grimpe la montagne de Pom est une brutale succession de rampes de beton presque verticales et de lacets ravines qui defait la plupart des scooters de location et bon nombre de voitures. Nous avons fini par louer un 4x4 cabosse avec chauffeur, apres que notre propre jeep eut cale deux fois et que Lia eut menace de descendre marcher par principe. Le chauffeur prenait les pires epingles au pas, souriant, savourant manifestement notre nervosite.
L’etrange oeuvre d’une vie de paysan
Le jardin, appele localement Jardin Magique ou Tar Nim, est la creation d’un seul homme, Nim Thongsuk, un cultivateur de durian et de ramboutan qui a commence a le batir en 1976, alors qu’il avait deja passe les soixante-dix ans. Pendant le reste de sa longue vie, il a installe des dizaines de statues sur son verger en pente raide : des bouddhas dans diverses postures, des divinites thailandaises, des animaux et un remarquable ensemble de figures humaines modelees d’apres sa propre famille et ses voisins, figees en plein geste parmi les rochers et les fougeres. Il a travaille la pente jusqu’a sa mort, nonagenaire, et ses descendants l’entretiennent encore. Il y a dans ce lieu quelque chose de profondement personnel qu’aucun complexe de temples n’atteint : ce ne sont pas des chefs-d’oeuvre commandes mais le patient travail manuel d’un vieil homme ordonnant son propre cosmos prive.

Les statues s’eparpillent sur un flanc de colline parcouru d’un petit ruisseau clair qui tombe en cascatelles entre les figures, si bien que l’on suit un sentier rocailleux parmi elles avec l’eau toujours proche. Certaines sont grises d’intemperies, hirsutes de mousse ; d’autres ont ete repeintes de couleurs vives. Il y a une statue de Nim lui-meme, assis et contemplatif, regardant l’oeuvre de sa vie. L’ensemble est petit, on en fait le tour en une demi-heure, mais le decor fait le gros du travail : jungle dense, blocs de granit grands comme des maisons et le bruit constant de l’eau.
La vue qui rend la route meritante
Le jardin est assez haut pour que la jungle s’ouvre par endroits sur d’enormes panoramas : vers l’est, par-dessus l’interieur boise, jusqu’a la cote et la mer au-dela, les complexes reduits a des points blancs tout en bas. Nous nous sommes assis sur un rocher pres du sommet avec la gourde de cafe thai sucre du chauffeur et avons regarde un pygargue chevaucher les ascendances au-dessus de la vallee. Ici en haut, la chaleur de l’ile se relache, l’air bouge, et l’incessante energie commerciale de la cote semble un autre pays.

Je serai honnete : le jardin lui-meme est modeste, et qui s’attend a une grande attraction repart parfois decu. C’est le mauvais cadre. C’est la devotion excentrique d’un homme, maintenue en vie par sa famille, dans un decor spectaculaire, et la difficulte d’acces filtre les simplement curieux. Nous etions deux d’environ six visiteurs pendant tout notre sejour la-haut. Sur une ile aussi developpee que Samui, cela seul tenait du petit miracle.
Quand y aller : de fevrier a avril, pour les routes les plus seches ; la piste de beton raide devient vraiment dangereuse apres de fortes pluies, et la saison humide d’octobre a decembre la ferme souvent a tout sauf aux vehicules les plus capables. Allez-y tot dans la journee ; les apres-midis amenent chaleur et nuages sur l’interieur en altitude.