L'imposante Dune chantante du parc national d'Altyn-Emel s'elevant au-dessus de plaines arides, avec la vallee de la riviere Ili et des montagnes enneigees lointaines en arriere-plan
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Parc national d'Altyn-Emel

"J'ai glisse le long d'une dune grande comme une colline et elle a gemi sous moi comme un violoncelle : je n'avais jamais entendu le sable produire un son, ni avant ni depuis."

Entrer dans Altyn-Emel, c’est deja la moitie de l’experience. Le parc se trouve a environ trois heures au nord-est d’Almaty, et on ne peut pas debarquer comme ca : il faut un permis, et les distances a l’interieur sont si grandes que rien ne se fait a pied. Notre chauffeur, un homme tanne nomme Bolat qui avait clairement fait ce trajet mille fois, nous a accueillis a la porte, signe un registre, puis roule encore deux heures a travers des plaines de gravier avant que nous ne voyions autre chose que le tremblement de la chaleur et une gazelle de loin en loin. Lia s’est endormie contre la vitre. Je suis reste eveille par entetement et j’ai ete recompense, enfin, par la premiere vue de la dune.

La dune qui chante

La Dune chantante, Poyushchiy Barkhan, est le clou du parc, et elle le merite. C’est un seul enorme monticule de sable pale, long d’environ trois kilometres, s’elevant pres de trois cents metres au-dessus d’une plaine par ailleurs pierreuse, coince entre deux chaines de montagnes sombres. L’etrange, c’est qu’elle reste en place ; le vent s’engouffre dans la vallee mais la dune ne migre pas. Bolat nous a dit de grimper jusqu’a la crete puis de pousser le sable vers le bas avec nos pieds, et quand nous l’avons fait, toute la face de la dune s’est mise a bourdonner : une vibration grave et resonnante que l’on sent dans la poitrine autant qu’on l’entend, causee par les grains secs glissant les uns contre les autres. Lia a cru que j’avais cache un haut-parleur. Non. C’est vraiment l’un des sons naturels les plus etranges que j’aie rencontres.

Des visiteurs gravissant le flanc abrupt de la Dune chantante a Altyn-Emel, leurs empreintes descendant le sable pale vers le fond aride de la vallee

La montee est brutale : le sable mou avale chaque pas et l’on reglisse la moitie de ce que l’on gagne, et nous sommes arrives en haut en sueur et en riant, avec vue sur la vallee de l’Ili d’un cote et sur l’Alatau dzoungarien strie de neige de l’autre. Nous avions toute la crete pour nous. La taille meme du parc fait que meme les sites celebres semblent deserts.

Collines rayees et chevaux sauvages

Le lendemain matin, Bolat nous a conduits encore une heure jusqu’aux montagnes d’Aktau, et elles sont la raison pour laquelle je reviendrais. Ce sont de basses collines d’argile tendre deposee au fond d’une mer ancienne, erodee en cretes et ravins et rayee de bandes horizontales de blanc, rose, ocre et rouge brique profond : soixante millions d’annees de sediment empilees comme un gateau a etages puis tranchees. Dans la lumiere basse de fin d’apres-midi, les couleurs se saturent jusqu’a ce que toute la chaine semble eclairee de l’interieur. Tout pres, la chaine du Katutau raconte l’histoire inverse : une roche volcanique noire et dentelee, tordue et poreuse.

Les cretes d'argile rayee des montagnes d'Aktau a Altyn-Emel rougeoyant de rose, de blanc et de rouge dans la lumiere de fin d'apres-midi, erodees en plis et ravins aceres

Le parc est aussi un refuge pour la faune chassee du reste de la steppe. Nous avons vu une harde de kulans, l’ane sauvage asiatique, reintroduit ici et desormais prospere, partir au galop a travers la plaine en un long ruban brun de poussiere, et des gazelles a goitre nous observer a distance prudente. Il existe aussi une population du rare cheval de Przewalski, mais nous n’en avons repere aucun. Nous avons dormi dans une pension sommaire au village de Basshi, mange du beshbarmak de viande de cheval a la lumiere d’une lampe a petrole, et repris la route le lendemain en planifiant deja le retour.

Quand y aller : d’avril a juin et de septembre a octobre, quand la chaleur de la steppe est supportable ; au coeur de l’ete elle depasse souvent les quarante degres et le terrain ouvert n’offre aucune ombre. Le printemps apporte des plaines verdoyantes et des fleurs sauvages ; l’automne offre la lumiere la plus limpide pour les couleurs de l’Aktau. Un permis et un chauffeur loue sont quasiment obligatoires.