Asie
Kazakhstan
"Je suis arrivé sans attentes et je suis reparti à reconsidérer tout ce que je croyais savoir."
Le bus m’a déposé à l’ancienne gare routière d’Almaty à six heures du matin, nuit noire, l’air vif et chargé de fumée de charbon. Je venais de Bichkek sans plan précis — juste une direction générale et un mois devant moi. Le Kazakhstan n’était pas la destination. Il l’est devenu.
Ce qui vous surprend, ce n’est pas le canyon de Charyn, même si cet endroit fait quelque chose de violent à vos attentes — c’est une entaille dans la terre aux dimensions du Grand Canyon, toute en ocre et en rouille, totalement ignorée des touristes, à une heure d’une ville de deux millions d’habitants. Pas de navettes, pas de boutiques de souvenirs. Juste une piste défoncée, quelques familles kazakhes qui installaient un pique-nique au bord du vide, et ce genre de silence qui vous fait réaliser à quel point vous en entendez rarement de vrai. Je suis resté là trois heures à manger des abricots secs et j’ai été sincèrement soufflé. Ce qui vous surprend, c’est à quel point le Kazakhstan semble se ficher de vous impressionner. Après des semaines dans des pays où l’infrastructure touristique était si dense qu’elle avait développé son propre écosystème, le Kazakhstan avait quelque chose d’une indifférence presque reposante.
La steppe, c’est ce que tout le monde mentionne et pour laquelle personne ne vous prépare vraiment. Les photos l’aplatissent jusqu’à l’ennui. En vrai, quand on roule vers l’est en direction de Kapchagay ou au-delà de Turkestan, c’est proprement déstabilisant — une immensité d’herbe pâle qui s’étire jusqu’à ce que la notion de distance n’ait plus de sens. Je crois que ce que j’ai ressenti là-bas, c’est une sorte de vertige géographique que je n’avais jamais connu. La nourriture m’a aidé à me raccrocher à quelque chose de concret : le lagman (des nouilles tirées à la main dans un bouillon épais d’agneau), le beshbarmak mangé avec les mains autour d’une table à Shymkent, le kurt — ces petites boules de lait séché et aigre qui ont l’air inoffensives jusqu’à ce qu’on en croque une. J’en ai mangé beaucoup, du kurt. J’en suis venu à l’adorer.
Nour-Soultan (tout le monde m’a dit Astana) mérite son propre paragraphe rien que parce qu’elle ne devrait pas exister. Une capitale construite presque de toutes pièces au milieu de nulle part, pleine d’immeubles qui ressemblent à ce qu’on obtiendrait si on donnait des budgets illimités à des étudiants en architecture sans leur donner de brief. C’est bizarre, fascinant et vraiment différent de tout ce qu’on peut voir ailleurs. Je n’ai pas aimé. Je n’arrivais pas à m’arrêter de la regarder.
Quand y aller : Mai-juin ou septembre-octobre. Les étés dans la steppe sont brutaux (plus de 40°C), les hivers sont sérieux (-30°C dans le nord). Les zones du canyon et les montagnes autour d’Almaty sont au mieux au printemps, une fois la fonte des neiges terminée et avant les chaleurs estivales. Septembre est une lumière à part.
Ce que la plupart des guides ratent : Ils présentent le Kazakhstan comme un pays de transit — quelque chose qu’on traverse en allant au Kirghizstan ou en Ouzbékistan. Ce cadrage est totalement à l’envers. Le Kazakhstan a plus de superficie que l’Europe occidentale et la majeure partie reste genuinement hors des sentiers battus touristiques. La vraie erreur est d’y allouer quatre jours. Il faut au minimum trois semaines rien que pour effleurer le sud et la région d’Almaty. Le pays n’est pas vierge de tout tourisme — les Kazakhs parcourent leur propre pays avec intensité — il est simplement méconnu des gens qui ont appris la géographie dans un Lonely Planet.