Un artisan sénoufos peignant des motifs traditionnels sur de la toile de Korhogo dans un atelier en plein air
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Korhogo

"La toile de Korhogo est inimitable — des figures noires sur du coton crème qui semblent peintes par quelqu'un qui a d'abord rêvé le dessin."

Le nord de la Côte d’Ivoire, c’est le pays de la savane — plat, sec, la poussière de l’harmattan se posant sur tout en décembre, les mangues arrivant du Mali sur des camions qui s’arrêtent à Korhogo pour faire le plein et les chauffeurs qui dorment sous leurs véhicules. Je suis arrivé par bus de nuit depuis Abidjan, qui vous dépose à une gare routière déjà en pleine activité à cinq heures du matin : mototaxis au ralenti, femmes avec des plateaux d’œufs durs et de cacahuètes, hommes en longs boubous marchant vite vers la mosquée pour la prière du fajr. Korhogo est une ville sénoufos, et les Sénoufos ont maintenu une tradition artistique qui est à la fois genuinement ancienne et genuinement vivante — ce n’est pas une situation de musée du patrimoine. Le tissu, le bronze et le bois qui sortent des villages autour de la ville sont fabriqués maintenant, pour l’usage et pour la vente, par des gens qui ont appris les techniques de leurs parents et grands-parents.

Le village de Fakaha, à une vingtaine de kilomètres du centre-ville sur une piste en latérite, est là où se fabrique la toile de Korhogo. Le tissu — épais coton tissé à la main peint au pigment noir extrait de plantes — porte des motifs géométriques et figuratifs spécifiques au vocabulaire visuel sénoufos : antilopes, lézards, chasseurs, masques cérémoniels. Les ateliers là-bas sont des affaires ouvertes et sans hâte où les tisserands travaillent des métiers à plancher et les peintres appliquent des motifs avec des pinceaux en roseau coupé, et où le procédé est montré aux visiteurs sans théâtralité ni mise en scène. J’ai regardé un peintre travailler pendant une heure, et la concentration était totale : chaque trait appliqué de mémoire, chaque figure répétée avec de légères variations que j’ai progressivement compris être intentionnelles.

Un tisserand sénoufos travaillant sur un métier à plancher dans le village de Fakaha avec de la toile de Korhogo suspendue à sécher en arrière-plan

Les fondeurs de bronze travaillent dans un compound près du marché central où la chaleur des fourneaux est quelque chose de physique dans lequel on pénètre. Le procédé de la cire perdue utilisé ici n’a essentiellement pas changé depuis la technique qui a produit les poids et figurines en bronze maintenant dans les musées européens : modèle en cire, moule en argile, bronze liquide versé à l’intérieur. Ce qui en sort, ce sont de petites figurines — animaux, cavaliers, chasseurs — qui ont un poids et une densité qu’aucune reproduction touristique n’a jamais vraiment captés. Le marché lui-même est énorme et couvre tout, des pièces de moto aux poulets vivants, mais la section artisanale près du coin nord-ouest a les figurines en bronze à côté d’amulettes en fer, d’instruments en calebasse et de masques de diverses traditions.

La brousse autour de Korhogo — savane plate avec des karités épars et le baobab occasionnel — récompense les promenades en début de matinée quand la lumière est dorée et plate et qu’on peut voir les termitières projeter de longues ombres. La forêt sacrée Poro, où ont lieu les cérémonies d’initiation masculine sénoufos, est fermée aux étrangers, et l’interdiction d’entrée est prise au sérieux. Ce n’est pas une curiosité — c’est un espace religieux actif, et la frontière est appropriée.

Atelier de fonte de bronze à Korhogo avec un artisan travaillant la technique de la cire perdue et des figurines finies refroidissant sur un banc en argile

Quand y aller : De novembre à février, c’est la période la plus confortable dans le nord — sec, avec des nuits fraîches et des températures diurnes gérables. La saison des mangues de mars à mai apporte une énergie différente au marché. Éviter de juin à septembre quand les pluies amollissent les pistes en latérite vers les villages artisanaux.