Gondolas moored along a quiet canal with weathered Venetian palazzi on either side
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Venise

"La seule ville où se perdre est tout l'intérêt."

Une ville bâtie sur l'eau et les rêves — improbable, impraticable, et absolument irremplaçable.

Venise ne devrait pas exister. Une ville de palais de marbre construite sur des pilotis en bois enfoncés dans une lagune, reliée par quatre cents ponts, desservie par des bateaux plutôt que des bus — elle défie chaque instinct pratique et récompense tous les romantiques. La basilique Saint-Marc scintille de mosaïques d’or byzantin. Le Grand Canal traverse la ville comme un boulevard liquide, bordé de palazzi qui penchent et s’effacent avec une élégance que seuls des siècles d’eau salée peuvent conférer. Je suis arrivé en train, et au moment où j’ai quitté la gare Santa Lucia pour voir le Grand Canal là où aurait dû se trouver une rue, j’ai compris pourquoi les gens écrivent des lettres d’amour à cette ville depuis mille ans.

Le Grand Canal et au-delà

Prenez le vaporetto — le bus de l’eau — le long du Grand Canal au moins une fois, de préférence au coucher du soleil, quand les palazzi rayonnent dans des teintes ocre et rose et que la lumière fait des choses à l’eau qui vous font douter de vos propres yeux. Mais la vraie Venise vit dans les canaux latéraux, les sottoporteghi — ces passages étroits qui plongent sous les bâtiments et débouchent sur des cours inattendues —, les ponts que l’on traverse sans destination, les impasses qui se révèlent être la plus belle chose de la journée. J’ai passé trois jours à délibérément ne pas suivre ma carte, et chaque faux tournant m’a offert quelque chose : un atelier où un homme dorait un cadre, un canal si étroit que les bâtiments se touchaient presque au-dessus, une boulangerie vendant des fritelle à une file d’écoliers.

The Grand Canal at sunset with gondolas and historic Venetian palazzi

Les quartiers

Le secret de Venise est de se perdre dans ses sestieri périphériques. Dorsoduro abrite la collection Peggy Guggenheim et des bars tranquilles au bord des canaux où l’on peut boire un spritz en regardant passer les bateaux. Cannaregio est là où vivent vraiment les Vénitiens, ses fondamente bordées de bacari servant des cicchetti — les tapas vénitiennes — et de petits verres de vin à des prix que le centre touristique a depuis longtemps oubliés. Le Ghetto Juif, le premier du monde, s’y trouve aussi — une place sombre et fascinante aux immeubles élevés où la communauté fut confinée pendant des siècles et où les synagogues fonctionnent encore. Castello s’étend vers l’est en direction de l’Arsenale, le chantier naval qui construisit la flotte qui fit de Venise un empire maritime, et ses ruelles se font de plus en plus silencieuses à mesure que l’on s’éloigne de San Marco.

Les îles de Murano et Burano offrent le soufflage de verre et des maisons peintes de couleurs si vives qu’elles semblent en compétition — comme si chaque propriétaire avait regardé la façade du voisin en pensant, je peux faire plus fort. Les restaurants de poisson de Burano servent le risotto di go — préparé à partir d’un minuscule poisson de lagune qui a goût de mer concentrée — et la tradition de la dentelle, bien que diminuée, produit encore des œuvres d’une remarquable délicatesse.

The candy-colored houses of Burano reflected in a still canal

Le problème et l’essentiel

Venise coule. Les inondations d’acqua alta sont de plus en plus fréquentes. Les paquebots de croisière — désormais interdits dans le canal de la Giudecca, heureusement — ont passé des années à éroder les fondations. La population est tombée en dessous de cinquante mille habitants, remplacée par des Airbnbs et des boutiques de souvenirs. Tout cela est vrai. Et pourtant. Se lever tôt et marcher dans la ville avant l’arrivée des visiteurs d’un jour : Venise à l’aube appartient aux chats, aux pigeons et à vous. La lumière sur la lagune à six heures du matin, le son de l’eau clapotant contre la pierre, l’absence totale de voitures — ces choses n’existent nulle part ailleurs sur terre, et leur fragilité fait partie de ce qui les rend précieuses.

Quand y aller : D’avril à juin ou d’octobre à novembre. En février arrive le Carnaval avec ses masques extraordinaires. En novembre arrive le brouillard, que Venise porte mieux que n’importe quelle autre ville — les bâtiments se dissolvant à demi dans la brume, les canaux virant à l’argent, la ville entière devenant une aquarelle d’elle-même.