Moyen-Orient
Irak
"Je suis venu pour l'histoire et j'ai trouvé un pays au milieu d'une phrase, encore en train de s'écrire."
J’ai atterri à Bagdad un mercredi après-midi et la première chose qui m’a frappé n’était pas la chaleur — même s’il faisait quarante degrés et que l’air avait ce poids particulier des villes qui ont trop absorbé — c’était les palmiers-dattiers. Des millions d’entre eux bordant la route depuis l’aéroport, se balançant sans urgence, indifférents à tout ce qui s’était passé sous leurs branches. L’Irak porte la civilisation depuis six mille ans. Il a appris la patience.
Le sud, c’est là où l’histoire devient presque hallucinatoire. En conduisant vers Babylone depuis Bagdad, la plaine mésopotamienne s’étend dans toutes les directions, d’une immensité impossible, interrompue seulement par des canaux d’irrigation et un minaret qui attrape le soleil de fin d’après-midi. Les ruines elles-mêmes sont une rencontre compliquée. Saddam avait fait reconstruire une grande partie de l’ancienne Babylone dans les années 1980, son nom gravé dans les nouvelles briques aux côtés de celui de Nabuchodonosor — un geste de mégalomanie si effronté qu’il est devenu sa propre couche d’histoire. On marche dans ce palimpseste de civilisations et on ressent quelque chose de désorientant : les fondations originales de la ziggurat sous les pieds, les murs-pastiche du dictateur tout autour, et par-dessus tout, ce ciel implacable. Plus au sud, les marais du delta mésopotamien — le jardin d’Éden biblique, asséché par Saddam puis partiellement restauré après 2003 — sont l’un des paysages les plus silencieusement stupéfiants que j’aie jamais vus. Des Arabes des marais font encore glisser des barques en bois dans des chenaux de papyrus et sur des îles de roseaux qui flottent comme si elles appartenaient à une autre époque.
Au nord, le Kurdistan irakien est un pays différent dans presque tous les sens du terme. La citadelle antique d’Erbil s’élève à quarante mètres au-dessus de la ville sur un monticule artificiel d’habitat humain compressé remontant à sept mille ans — le site habité en continu le plus ancien du monde, selon certains archéologues. Le bazar en contrebas sent la cardamome et la viande grillée, et les maisons de thé kurdes restent pleines bien après minuit. Les montagnes au-delà de Souleimaniyya ont des forêts de pins, des cascades et de petits villages où l’hospitalité est du genre qui vous fait sentir importun jusqu’à ce que quelqu’un vous prenne par le bras, vous assoie et vous pose devant un repas que vous n’aviez pas demandé et dont vous aviez absolument besoin.
Quand y aller : D’octobre à avril est la fenêtre pratique. Le printemps (mars à mai) est le moment idéal — températures douces, un peu de verdure dans le paysage et le calendrier religieux est gérable. Évitez de juin à septembre sans exception : l’été en Mésopotamie est brutal, Bagdad atteignant régulièrement quarante-cinq degrés et plus. Le nord kurde est plus clément en été, mais reste chaud.
Ce que la plupart des guides ratent : Ils traitent l’Irak comme une zone de guerre avec des ruines en option, ce qui inverse exactement les proportions. Le traumatisme est réel et la logistique demande de la préparation — procédures de visa, assurance voyage, suivi des conditions par région — mais le pays qui vous accueille est ancien, généreux et engagé dans quelque chose qui semble genuinement porteur d’espoir. La scène des restaurants à Bagdad a explosé ces dernières années. De jeunes Irakiens ouvrent des cafés et des galeries dans des quartiers qui n’étaient que décombres il y a dix ans. Le pays n’est pas figé en 2003 ni en 2006 ni en 2014. Il avance, il est complexe, et il est bien plus vivant que la version qui existe dans la plupart des imaginaires occidentaux.