Kovalam
"La plage originelle du Kerala -- qui sent encore l'huile de coco et le thé à la cardamome."
La plage en croissant qui a appris à l'Inde à vendre la détente aux étrangers, où l'huile ayurvédique se vend encore mieux que la crème solaire le long de la falaise du phare.
Je suis arrivé à Kovalam par le chemin fatigant, dans un bus cahotant depuis Thiruvananthapuram qui m’a déposé à un carrefour où des chauffeurs de rickshaw criaient déjà des noms de guesthouses comme des bonimenteurs de fête foraine. Dix minutes plus tard, je me tenais sur Lighthouse Beach, sac encore sur l’épaule, et le croissant de sable faisait ce que promet chaque article de voyage et que presque aucun ne tient : il ressemblait vraiment à la photo. Des falaises rouges à une extrémité, le phare lui-même rayé comme une canne de bonbon en haut, des bateaux de pêche tirés sur le sable au milieu de la plage, et une rangée de restaurants en plein air avec la pêche du jour posée sur la glace pour qu’on puisse pointer le poisson qu’on voulait faire griller le soir même. C’était en fin d’après-midi et la lumière faisait ce truc doré et plat qu’elle fait près de l’équateur, et je me souviens m’être dit que c’était le premier endroit en Inde où j’avais vu des étrangers simplement allongés, immobiles, sans que personne ne les harcèle pour ça.
Kovalam fait ça depuis bien avant que le « tourisme bien-être » ne devienne un argument marketing. Les hippies l’ont découverte dans les années soixante et soixante-dix, attirés par les mêmes plages en croissant, et dans les années quatre-vingt, l’office du tourisme du Kerala avait compris que ce bout de côte pouvait se vendre comme la réponse indienne à Goa, sans les soirées trance. Ce qui est resté, c’est l’Ayurveda — de vrais parcours de soins structurés sur plusieurs semaines, plutôt que la version massage-touriste de quarante minutes qu’on trouve ailleurs. Les praticiens ici se sont formés pendant des années, et les centres de thérapie le long de la falaise sentent encore légèrement l’huile de sésame chauffée et les herbes broyées à toute heure.

Deux plages, deux ambiances
Lighthouse Beach, c’est le spectacle — des restaurants empilés sur trois rangées le long de la promenade, des foules au coucher du soleil, la montée jusqu’au phare lui-même pour une vue qui s’étend le long de la côte vers Poovar. Hawah Beach, juste au nord au-delà de la pointe rocheuse, est plus tranquille et faisait autrefois office de plage nudiste officieuse, à l’époque où Kovalam avait une réputation plus sauvage ; aujourd’hui elle est plus calme, plus locale, plus filets de pêche que transats. J’ai marché sur le sentier entre les deux presque tous les soirs, passant devant le même groupe de femmes réparant des filets sur les rochers, qui, dès mon troisième jour, avaient commencé à me saluer d’un signe de tête comme un habitué plutôt que de m’observer comme un touriste. J’ai eu mon massage ayurvédique le deuxième jour, quatre-vingt-dix minutes d’un thérapeute travaillant l’huile dans des muscles dont je n’avais pas réalisé qu’ils étaient tendus, dans une pièce aux volets ouverts sur le bruit du ressac, et j’en suis ressorti les membres relâchés et légèrement hébété, comme le fait une bonne séance d’Ayurveda.

Le dîner, presque tous les soirs, suivait le même rituel : choisir une dorade rouge ou un thazard sur l’étal de glace, le regarder griller au beurre et aux épices du Kerala sur une flamme nue, à même le sable, et le manger avec une Kingfisher bien fraîche pendant que le faisceau du phare balayait la scène toutes les quelques secondes. Ce n’est pas une cuisine compliquée et elle n’a pas besoin de l’être — le poisson est si bon, la mer si proche.
Quand y aller : de décembre à février pour le temps le plus sec, le plus frais, et la plus forte concentration d’énergie de la plage. Les soins ayurvédiques sont traditionnellement recommandés pendant la mousson (juin à août), quand on dit que l’humidité ouvre les pores pour mieux recevoir les huiles, même si la plage elle-même est alors bien plus calme et bien plus humide.