Amériques
Chutes d'Iguazú
"Debout à la Gorge du Diable, j'ai compris pourquoi Eleanor Roosevelt disait « pauvres chutes du Niagara »."
J’ai entendu les chutes avant de les voir. En marchant sur les passerelles en bois du côté argentin, il y a un grondement sourd qui s’amplifie pendant une bonne dizaine de minutes — un son à mi-chemin entre le tonnerre et un moteur en marche — avant qu’un premier rideau d’eau n’apparaisse à travers les arbres. Rien ne vous prépare à cette échelle. Iguazú, ce n’est pas une chute. Ce sont 275 chutes réparties sur près de trois kilomètres du fleuve Iguazú, et quand on arrive enfin à la Garganta del Diablo — la Gorge du Diable — et qu’on se penche sur ce tourbillon de mousse blanche et d’embruns, le cerveau refuse brièvement de traiter ce qu’il voit. Je me suis retrouvé trempé jusqu’aux os sur cette passerelle, l’objectif de l’appareil photo inutilement embué, et je n’ai pas bougé pendant vingt minutes.
Les deux pays offrent des expériences véritablement différentes, et les visiter tous les deux n’est pas une option — c’est une obligation. L’Argentine vous plonge à l’intérieur des chutes : les passerelles surélevées du parc national vous amènent face à face avec chaque cataracte, assez près pour ressentir le déplacement d’air. Le Brésil vous offre le panorama : le belvédère de Foz do Iguaçu montre l’arc complet du système en un seul regard, ce type d’image qui donne enfin un sens à la géographie. J’ai traversé la frontière en taxi le deuxième jour, et le contraste était immédiat. Du côté argentin, on perd toute perspective, dans le meilleur sens du terme. Du côté brésilien, on la retrouve. Il vous faut les deux.
La ville de Puerto Iguazú est anodine de cette façon agréable qu’ont les villes de service construites autour d’une seule attraction — quelques bons restaurants sur le front de fleuve, une Quilmes froide au coucher du soleil, les chipa étonnamment bons des stands de rue près de la gare routière. Allez manger au Quincho del Tío Querido si c’est votre dernière nuit et que vous voulez quelque chose qui ressemble à l’Argentine et non à la cantine d’un parc national. Commandez le surubí — le poisson de rivière local — parce que vous êtes sur le fleuve Iguazú et que vous devez manger ce qui y vit.
Quand y aller : D’août à octobre, c’est la période idéale — les niveaux d’eau sont hauts grâce aux pluies de la saison humide, la fréquentation est inférieure au pic des vacances d’été, et la chaleur reste supportable. Évitez janvier et février si vous pouvez : l’humidité est étouffante et les passerelles sont bondées. De novembre à mars, le volume d’eau est au maximum, mais les pluies sont aussi les plus fréquentes, ce qui pousse la situation de brume à un niveau franchement extrême.
Ce que la plupart des guides ratent : Ils sous-estiment le côté physique de la visite. Le seul côté argentin représente plusieurs kilomètres de marche entre les différents circuits, souvent en plein soleil et forte humidité. La plupart des touristes enchaînent le Circuit Supérieur, le Circuit Inférieur et la Gorge du Diable en une journée, et rentrent à plat. Répartissez sur deux jours. Allez à la Gorge du Diable tôt le matin, quand la lumière frappe la brume et que les groupes de touristes ne sont pas encore arrivés. Les chutes seront toujours là après le déjeuner.