Le bus depuis Pásztó vous dépose au bord du village, et ensuite il n’y a rien — pas de circulation, pas de signalétique en anglais, pas de chaîne de café s’interposant entre vous et le XVIe siècle. Hollókő commence par une odeur : fumée de bois et quelque chose d’herbal que je n’arrivais pas à identifier, plus tard nommé par une vieille femme étendant son linge comme de la marjolaine séchée suspendue sous les avant-toits pour éloigner les insectes du lin.
La Kossuth Lajos utca est la seule rue qui compte. Ses maisons sont bâties selon une règle : murs blanchis, porches en bois sculpté peints en bleu profond ou en rouge sang-de-bœuf, toits de chaume ou de tuile à des pentes si abruptes qu’ils ressemblent à des bonnets de nuit. Les Palóc qui vivent ici depuis avant l’occupation ottomane ont développé cette architecture comme la leur — compacte, repliée sur elle-même, légèrement insoumise. L’UNESCO a classé l’ensemble en 1987, ce qui n’a rien empêché de changer parce que rien n’avait voulu changer en premier lieu.
Le château et la longue montée
Le château de Hollókő surplombe le village sur un éperon calcaire, rebâti après sa destruction par les Turcs au XVIIe siècle et laissé en paix depuis. J’ai gravi le chemin seul en milieu de matinée pendant que Lia restait en bas au musée du village, happée par une femme qui faisait une démonstration de dentelle aux fuseaux sur un coussin grand comme une assiette. La montée prend vingt minutes à travers une hêtraie ; la vue depuis le donjon porte vers le sud sur les collines du Cserhát, un paysage de crêtes douces sans infrastructure visible. Le château lui-même est à moitié ruine, à moitié restauration, avec des escaliers à ciel ouvert et des fenêtres en arc qui encadrent le ciel là où des plafonds existaient autrefois. Un faucon chevauchait la colonne d’air chaud au-dessus de la tour nord-est quand j’ai atteint le sommet, ce qui m’a semblé une mise en scène parfaitement juste.
Cuisine Palóc et une cave à vins inattendue
Je n’attendais pas de vin. La région du Cserhát n’apparaît sur aucune carte vinicole que j’aie consultée, et Hollókő figure dans tous les guides essentiellement pour sa broderie et ses traditions populaires. Mais au fond d’une maison dans la partie basse de la Kossuth Lajos utca, il y avait un panneau écrit à la main — bor — et derrière un portail en bois, une cave froide creusée directement dans la colline, où un instituteur à la retraite prénommé István m’a servi deux verres de son propre Kadarka, un rouge hongrois à peau fine, légèrement astringent et très frais. Il voulait pratiquer son français ; je voulais comprendre le Kadarka. Nous y sommes parvenus. Le déjeuner qui a suivi, au seul vrai restaurant du village, était du töltött káposzta — des feuilles de chou farcies dans un bouillon de porc lourd en paprika — servi dans une marmite émaillée avec une tranche de pain blanc dense qui avait manifestement été cuit le matin même.
Ce qui ne change pas
La broderie est partout : sur des nappes dans les fenêtres, sur les tabliers portés par les femmes devant la boutique coopérative, sur le costume de la poupée en bois sculpté vendue en souvenir, que j’ai refusé d’acheter et à laquelle j’ai pensé pendant des jours ensuite. Les motifs sont géométriques, abstraits, travaillés en rouge et noir sur lin blanc. Les femmes de la coopérative Palóc continuent de le produire à la main. Une seule nappe demande des mois. On peut observer le travail en cours à la Maison Populaire Palóc, un intérieur de chaumière préservé où une femme s’assoit la plupart des matins avec un métier en bois sur les genoux et du fil couleur de sang.
Quand y aller : Le week-end de Pâques amène le célèbre festival populaire du village, avec les habitants en costume Palóc complet — cela vaut la foule. De fin septembre à octobre, c’est plus calme, la hêtraie alentour se teinte d’or et la lumière matinale sur les murs blancs dure plus longtemps qu’on ne s’y attendrait.