Na Pali Coast
"Les falaises existent pour rappeler aux humains une échelle qui dépasse leur entendement."
On s’en est approché par la mer. Le zodiac bondissait fort sur des vagues qui n’existaient pas une heure plus tôt, et le capitaine nous a dit de tenir la corde — pas la rambarde, la corde — comme si la distinction avait une importance. Puis les falaises sont apparues au détour du promontoire de Ke’e Beach et j’ai cessé d’entendre quoi que ce soit.
Aucune photographie ne vous prépare à la côte Na Pali. L’échelle fait exploser le cadre. Des parois de basalte, de fougères et de terre rouge s’élèvent à 1 200 mètres directement depuis l’océan, plissées comme un tissu qu’on n’aurait pas repassé depuis un million d’années, et de leurs replis jaillissent des cascades si minces qu’elles se dissolvent en brume avant d’atteindre la mer. J’avais vu les images. J’avais lu les descriptions. J’étais pourtant impréparé.
Le sentier Kalalau et la logique de l’effort
La côte est accessible de deux façons : en bateau par mer calme en été, ou à pied par le sentier Kalalau — dix-huit kilomètres depuis Ke’e jusqu’à la plage de Kalalau, sur des crêtes qui plongent sans cérémonie vers le Pacifique. Lia et moi avons marché les trois premiers kilomètres jusqu’à la plage de Hanakapi’ai le matin, quand la lumière arrivait plate et dorée depuis l’est, et même ce tronçon raccourci avait quelque chose d’un argument en faveur du corps physique comme seul instrument honnête du voyage. Le sentier monte à travers des goyaviers et des halas indigènes, avec une odeur de terre mouillée et de quelque chose de légèrement médicinal, puis s’ouvre sur des lacets d’où l’océan apparaît des centaines de mètres plus bas, encadré entre des crêtes couleur de cuivre oxydé.
Ce que le bateau révèle
La sortie en mer révèle ce que le sentier ne peut pas montrer : les grottes marines creusées à la base des falaises, les dauphins à long bec qui surgissent à l’étrave sans prévenir, l’angle particulier de la lumière de midi qui teinte de jaune presque le vert des parois de la vallée. Nous nous sommes glissés à l’entrée d’une grotte près de Honopu — accessible uniquement par la mer, la vallée derrière elle n’étant atteignable qu’en nageant depuis un bateau — et l’écho à l’intérieur était le son de l’océan mangeant la roche, lentement, avec une indifférence totale.
Le détail inattendu
Ce qui m’a le plus surpris, c’est la couleur de la terre exposée le long des crêtes : un orange brûlé si saturé qu’il paraissait artificiel, comme l’idée qu’un décorateur de théâtre se ferait d’une falaise hawaïenne plutôt que la chose elle-même. Après la pluie, elle se répand dans les cascades, teintant d’un rouge léger l’eau bleue en contrebas. Ça avait l’air faux. C’était parfaitement réel.
Quand y aller : De mai à septembre, la mer est la plus calme pour les tours en bateau et permet de nager jusqu’aux grottes marines ; le sentier Kalalau est praticable toute l’année, mais les houles hivernales rendent l’accès par la mer peu fiable et parfois dangereux.