Une rue animée de Pétion-Ville au crépuscule, des galeries d'art aux grilles de fer et des terrasses de restaurants illuminées, avec les lumières de Port-au-Prince s'étendant en contrebas sur la colline
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Pétion-Ville

"Pétion-Ville, c'est Port-au-Prince qui décide d'avoir une opinion sur elle-même."

Le collectivo qui monte depuis le centre-ville de Port-au-Prince vous dépose sur la Place Saint-Pierre de Pétion-Ville à une altitude où l’air se refroidit sensiblement et où la perspective sur la ville en contrebas s’ouvre. On peut voir Port-au-Prince d’ici comme un médecin lit une radiographie : la densité et l’étendue, les bidonvilles qui se replient sur les flancs de collines, le port qui capte la lumière restante de l’après-midi, puis ce quartier, perché au-dessus de tout avec ses terrasses de restaurants et ses rues bordées de galeries, existant dans une relation avec la ville d’en bas suffisamment compliquée pour mériter votre malaise.

Pétion-Ville, c’est là où la classe professionnelle de Port-au-Prince, ses expatriés de retour, ses travailleurs d’ONG et ses artistes ont tous, pour diverses raisons, atterri. C’est aisé selon les standards haïtiens de manières qui produisent des juxtapositions nettes — des manoirs protégés et des restaurants à balcons en fer forgé et, à trois rues de là, des marchés vendant du charbon de bois et des vêtements d’occasion des États-Unis. Je n’offre pas ça comme critique du quartier ; c’est simplement la réalité visuelle, et prétendre le contraire serait une forme de tourisme que je trouve plus malhonnête que de la reconnaître.

Un mur de galerie à Pétion-Ville couvert de peintures haïtiennes vives — couleurs intenses, scènes de marché, oiseaux de la jungle — à vendre pour les collectionneurs et les visiteurs

Ce qui m’attire ici — ce qui m’y a ramené deux fois pendant mon séjour en Haïti — c’est l’art. La peinture haïtienne a une gravité spécifique. La tradition de peinture naïve et primitive qui a émergé au milieu du XXe siècle au Centre d’Art de Port-au-Prince a évolué en quelque chose de bien plus complexe, et Pétion-Ville est là où une grande partie d’elle vit et se vend. Les galeries le long de la Rue Panaméricaine et des rues environnantes ont de tout, des grandes toiles visionnaires aux petites œuvres au prix accessible au véritablement intéressé plutôt qu’au simplement curieux. J’ai acheté une petite peinture d’une scène de marché — perspective aplatie, les couleurs poussées à une saturation juste au-dessus du naturel — d’une galeriste qui a passé vingt minutes à expliquer l’histoire des mouvements artistiques haïtiens avant de mentionner le prix. La conversation valait autant que la peinture.

La cuisine à Pétion-Ville est la plus variée d’Haïti, ce qui est à la fois un avantage pratique et quelque chose qui mérite d’être noté : on peut y manger thaï ou italien, et certains le font. J’ai préféré rester dans le registre haïtien. Les petits restaurants servant du légim — le ragoût haïtien de légumes à base d’aubergines, de cresson et de ce qui va dans la marmite — servi avec du riz et de la sauce aux haricots, sont plus calmes et plus intéressants que les établissements orientés vers le tourisme. Une femme nommée Cécile tenait un endroit que j’ai trouvé mon deuxième jour sans enseigne en anglais, douze chaises en plastique et un poisson en sauce qui avait une douceur que je n’arrivais pas à situer jusqu’à ce qu’elle me dise : un peu de rhum dans le liquide de cuisson.

Une terrasse de restaurant en plein air à Pétion-Ville le soir, des bougies sur les tables, les lumières de Port-au-Prince visibles dans la vallée en dessous

Le Marché en Fer dans le centre-ville de Port-au-Prince est suffisamment proche pour que je descende le matin et remonte à Pétion-Ville l’après-midi, en utilisant le quartier comme base qui rendait toute la capitale plus gérable. Le marché d’art du jeudi soir près de la Place Boyer, où artistes et artisans locaux s’installent sous des arbres et des lumières, vaut la peine d’organiser son programme autour de lui — c’est informel et convivial et le meilleur endroit que j’ai trouvé pour parler à des artistes haïtiens sur quelque chose d’approchant un pied d’égalité, sans le cadre transactionnel d’une visite de galerie.

Quand y aller : Pétion-Ville fonctionne toute l’année comme le quartier culturel le plus actif de Port-au-Prince. Les mois les plus frais (de décembre à février) rendent particulièrement agréable le cadre sur les hauteurs. Les soirs de jeudi sont les meilleurs pour le marché d’art informel. Consultez les avis de sécurité en vigueur pour Port-au-Prince avant toute visite, et utilisez les taxi-motos locaux du quartier plutôt que de marcher la nuit.