Champerico
"Une jetée qui expédiait autrefois du café dans le monde entier, aujourd'hui à moitié dans la mer, rouillant tranquillement, et complètement seule."
Un port de pêche du Pacifique usé par le temps, avec des plages de sable noir et les ruines rouillées d'une jetée historique, totalement en dehors des radars touristiques du Guatemala.
Champerico ne figure sur presque aucun itinéraire du Guatemala, et en arrivant en voiture au milieu des claies à sécher les crevettes et de l’odeur de gasoil de la flotte de pêche, j’ai compris pourquoi — c’est un port de travail, pas une station balnéaire, et il ne fait aucun effort pour prétendre le contraire. Le sable ici est noir, volcanique, assez chaud sous les pieds à midi pour vous faire sautiller vers l’ombre, et la houle du Pacifique qui déferle est lourde et brune, mieux adaptée aux pêcheurs relevant leurs filets qu’aux baigneurs en quête de bronzage. J’ai aimé l’endroit immédiatement, précisément pour les raisons qui font que la plupart des voyageurs l’évitent.
Une jetée avec un passé plus grand que la ville qui l’entoure
Le véritable attrait, pour moi en tout cas, était la vieille jetée en fer — une structure rouillée, partiellement effondrée, se dressant dans le ressac, vestige d’une histoire bien plus grandiose. Champerico fut autrefois l’un des ports les plus importants du Pacifique guatémaltèque, construit au XIXe siècle spécifiquement pour expédier les exportations florissantes de café du pays vers le monde entier, à une époque où ce bout de côte comptait énormément pour l’économie nationale. En marchant aussi loin que je faisais confiance au métal rouillé pour me porter, les vagues se brisant directement sous mes pieds, il était difficile de faire coïncider la scène avec les vieilles photos que j’avais vues de bateaux à vapeur ancrés au large et de cargaisons transbordées sur des embarcations plus petites. La jetée sert aujourd’hui surtout de poste de pêche et d’opportunité photo légèrement hasardeuse, sa fonction industrielle s’étant depuis longtemps déplacée vers Puerto Quetzal, plus bas sur la côte.

Des pêcheurs, pas des touristes
Ce dont je me souviens le plus, c’est du rythme de la ville elle-même — les pangas rentrant vers midi, leur prise triée directement sur des bâches posées sur le sable noir, mouettes et pélicans travaillant les bords de l’opération avec une patience rodée. Un pêcheur du nom de Wilmer m’a laissé l’aider à remonter un filet par pure curiosité de ma part, riant de la maladresse avec laquelle je maniais la corde, puis m’a vendu un sac de petites crevettes pour presque rien, qu’une femme à proximité a fait frire sur un réchaud portable, à même la plage. Il n’y a pas de promenade, pas de scène de bars de plage, rien de construit pour les visiteurs — juste une ville qui vaque aux mêmes occupations depuis plus d’un siècle, indifférente à savoir si quelqu’un la regarde.

Quand y aller : Saison sèche (novembre à avril) pour une mer plus calme et des promenades sur la plage plus faciles ; évitez de vous baigner dans le ressac ici quelle que soit la saison, car le courant de retour le long de cette portion de côte a une réputation bien méritée.